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qui est François Jacob, ce prix Nobel qui a découvert l’ARN messager


En 1965, le prix Nobel de médecine est attribué à François Jacob, André Lwoff, Jacques Monod pour leurs travaux sur la « régulation génétique de la synthèse des enzymes et des virus ». C’est l’apparition de l’ARN messager. Retour sur la carrière de ce pionnier, également Compagnon de la Libération.

Il n’est pas un jour où l’on n’entend pas parler des vaccins à ARN messager. Mais savez-vous que la découverte de ce super-coursier des cellules remonte à soixante ans et qu’elle est due en grande partie à un enfant de Nancy ?

Né en 1920 dans une famille bourgeoise nancéienne, François Jacob ne se destine pas à une carrière de chercheur en biologie moléculaire. Il veut être chirurgien, mais la guerre coupe court à ses études de médecine à Paris. En juin 1940, il rejoint les Forces Françaises Libres à Londres, avec son ami Maurice Schumann. Après avoir traversé le Tchad, la Lybie, la Tunisie, c’est finalement en Normandie, en août 1944, qu’il sera grièvement blessé par une soixantaine d’éclats d’obus.

Sa fille, l’éditrice Odile Jacob raconte: « C’est très trés important de rappeler leurs travaux aujourd’hui. On est dans une atmosphère de dénigrement de la recherche française, mais il faut vraiment rappeler que la France est un grand pays de recherche scientifique. Et la plupart du temps, ces chercheurs ne sont pas connus. »

Du service de santé des armées à l’Institut Pasteur

A Paris, après la guerre et un an d’hôpital, François Jacob ne sait plus quoi faire. Il envisage l’ENA, mais le livre de droit qu’il achète lui « tombe des mains ». Par bouche-à-oreille, il entre en 1950 à l’Institut Pasteur dans le laboratoire d’André Lwoff à qui il dit: « je suis nul, je ne sais rien faire mais j’aimerais beaucoup travailler chez vous ».

C’est la grande période des recherches sur l’ADN. En 1953, sa structure en double hélice est établie par Jim Watson et Francis Crick, un américain et un britannique. Mais il reste une question principale. Comment se fait la lecture de ce message génétique ?

Maxime Schwartz est l’ancien directeur général de l’Institut Pasteur. Il y entre en 1963 pour sa thèse et côtoie Jacob et Monod pendant près de 30 ans. C’est d’ailleurs François Jacob, scientifique « toujours à fond dans le sujet sur lequel il travaillait », qui le pousse à prendre le poste de direction.
« L’après-guerre était une période particulière. Monod sortait de la résistance en France, Jacob était dans les FFL. Il n’y avait pas de choses à casser, de théories à déconstruire. C’étaient des problèmes nouveaux qui arrivaient. »

Devant l’Institut Pasteur, Le jour de l’annonce du prix Nobel le 14 octobre 1965 avec André Lwoff et Jacques Monod sur sa gauche.

© Institut Pasteur/Archives Jacques Monod

Trouver le messager

Car les gènes ne sont pas traduits constamment. Ils sont exprimés ou non, en fonction des besoins de notre organisme.

Par exemple, les protéines qui métabolisent le sucre ne sont synthétisées que lorsque ce sucre est présent. Sinon, leur fabrication n’est pas activée. Dans les cellules de notre corps, des gènes différents sont « exprimés », selon les tissus où ils se trouvent (comme le muscle ou le foie…). Ce qui a valu à François Jacob, Lwoff et Monod le prix Nobel, c’est d’avoir expliqué comment « l’expression » des gènes est contrôlée. Cela implique l’existence de ce fameux ARN messager, le déclencheur.

Imaginez que le corps humain est une grosse usine. L’ADN, c’est le plan de fabrication, la notice technique pour produire nos protéines. L’ARN messager, ce sont les coursiers de l’usine qui apportent une photocopie du plan aux ouvriers sur les chaînes de montage. Ces photocopies sont des molécules très fragiles qui vont être détruites une fois le message apporté.

Dans un entretien de 2012, un an avant sa mort (mis en ligne par l’Institut Pasteur), Francois Jacob raconte ses années de recherche :
« Ca ronflait. Les idées, ça usinait. Ça a été vraiment une des périodes les plus agréables et productives de mon existence… C’est une question d’individus. Il faut qu’ils soient prêts à coopérer et à jouer ensemble. »

Maxime Schwartz explique: « C’est Jacob qui a eu un déclic un jour au cinéma et qui a fait le rapprochement entre les recherches qui étaient menées en parallèle. D’un côté, on voyait que les protéines qui mangeaient le lactose n’étaient produites que quand le lactose était présent. Jacob, lui, travaillait sur les bactériophages. Ce sont des virus qui, soit tuent les bactéries, soit s’insèrent dans les chromosomes et peuvent y rester pendant des générations. Le lien entre les deux recherches est que à chaque fois l’expression des gènes est contrôlée par quelque chose. C’est là qu’ils ont proposé la théorie du messager ».

Pour lire l’article de l’Institut Pasteur sur la découverte de l’ARN messager, cliquez ici.

Nancy, sa ville de naissance

S’il n’a passé que les quatre premières années de sa vie à Nancy, François Jacob y est revenu, en autres, en 2004 à l’invitation du Livre sur la Place.

Françoise Rossinot-Cordelier propose alors à l’académicien de présider le Prix du livre des droits de l’Homme.

Elle raconte : « Quand je l’ai contacté, il était ravi d’avoir l’occasion de revenir à Nancy. Je crois qu’il était très heureux de revoir le quartier du quai Claude le Lorrain et de pouvoir inaugurer la passerelle qui porte son nom. C’était un homme charmant et chaleureux. C’est important de reparler de lui aujourd’hui, car il n’y a pas un jour où ses recherches ne font pas partie de l’actualité. »

La passerelle François Jacob à Nancy.

La passerelle François Jacob à Nancy.

© Anne-Laure Chery/Francetv

Sylvette Gaillard, ancienne ingénieure nancéienne, garde un souvenir marquant de la conférence des trois prix Nobel à laquelle elle a assisté quand elle étudiait la biochimie à Lyon en 1967 :

« A l’époque, c’étaient des domaines très novateurs. Quand mes filles sont allées au lycée, on leur a enseigné comme acquises des choses qui venaient juste d’être découvertes quand j’étais étudiante. On buvait leurs paroles. On avait l’impression de voir en direct la science qui se faisait dans les laboratoires. »

Les filles de Sylvette Gaillard ont conservé précieusement un autographe récolté lors d'un passage de François Jacob à Nancy.

Les filles de Sylvette Gaillard ont conservé précieusement un autographe récolté lors d’un passage de François Jacob à Nancy.

© Famille Gaillard

François Jacob est décédé en 2013.

Un hommage national lui a été rendu aux Invalides sous la présidence de François Hollande.

 





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