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« On en a jusqu’à l’été 2022 »



Quand va se terminer le troisième confinement ? Quelles sont les perspectives sanitaires des mois qui viennent ? Deux spécialistes de Lille, Philippe Amouyel, professeur de santé publique au CHU et Daniel Camus épidémiologiste à l’Institut Pasteur nous répondent.

Que pensez-vous des mesures de freinage de ce troisième confinement ? Sont-elles suffisantes ?

Philippe Amouyel : Pourquoi pas, il fallait faire quelque chose… Mais on part d’un plateau de contaminations trop élevé et le gouvernement n’a pas l’air de s’en préoccuper. Rendez-vous compte qu’Emmanuel Macron avait conditionné la sortie du deuxième confinement à 5000 cas par jour. Un seuil qui n’a jamais été atteint. On est sorti à 10 000 et aujourd’hui on tourne autour des 35 000.

Quand vous faites un confinement, vous diminuez le nombre de nouveaux cas, mais vous devez aussi baisser le seuil des contaminations. Si vous commencez un confinement à partir de 10 000 cas, ce n’est pas la même chose que si vous débutez avec 40 000 cas, à ce moment-là, il va falloir beaucoup plus de temps pour arriver à une situation plus maîtrisable. Ce pseudo-confinement doit être couplé à une réduction de la circulation du virus par dépistage des asymptomatiques et par leur isolement.

Car aujourd’hui, les tests ne sont faits qu’à la demande des patients quand ils ont des symptômes ou par leurs médecins. Or dans la population il y a aussi des gens qui font des formes mineures ou asymptomatiques, qui ne se testent pas mais sont contaminants. Il y a autant de sujets positifs qu’on détecte que de sujets positifs qu’on ne détecte pas, et cette population-là continue à circuler et à disséminer le virus. C’est politiquement incorrect de dire que les Français n’adoptent pas à la perfection les gestes barrière mais aujourd’hui c’est du grand n’importe quoi !

Daniel Camus : Nous sommes désormais dans une phase chronique de l’épidémie, avec une maladie qui perdure comme aucune autre. L’année dernière, l’équation était simple : il y avait un nouveau virus, on a lutté contre ce virus. Aujourd’hui il n’y a pas que les composantes sanitaires à prendre en compte. Les composantes sociétales doivent l’être aussi et en particulier, l’acceptabilité des mesures. Les mesures de freinages qui ont été prises cette fois ne pouvaient pas être aussi contraignantes que celles qui ont été acceptée par la population l’année dernière. On est maintenant dans une démarche de vivre avec le virus, c’est un choix.

Alors, c’est vrai, sa circulation est élevée en France, mais ce n’est pas le seul pays à se trouver dans cette situation. 

Le retour des enfants en classe la semaine prochaine puis la réouverture mi-mai sont-elles toujours des dates envisageables ?

Ph. A. : Pour que cela se passe bien dans les écoles, il faut s’en donner les moyens : vacciner les personnels scolaires, faire des tests salivaires chez les enfants et les enseignants, aérer les pièces, définir un protocole pour les repas des enfants à midi et limiter les attroupements devant les établissements. C’est à ce prix-là qu’on peut laisser les écoles ouvertes. Si on les ouvre sans ce protocole sanitaire, on prend un risque que ça ne marche pas.

Après, à quel moment sort-on du confinement ? Nous avons des mesures de freinage dégradées mais acceptables, la fermeture des écoles pour les vacances va avoir un effet sur les contaminations dans deux ou trois semaines c’est à dire mi-mai, mais on n’atteindra pas les 5000 cas. Or idéalement il faudrait atteindre ce seuil pour relâcher à mon avis.

Autre problème : les messages contradictoires des autorités. On n’a pas fini de digérer les nouvelles mesures de freinage mises en place qu’on nous parle déjà d’ouverture. Ils auraient choisi comme date d’ouverture le 15 juin, j’aurais compris, mais le 15 mai c’est trop court. 

D.C. : On ne peut pas définir de date comme objectif. La sortie de confinement sera conditionnée par la pression publique. On voit bien qu’au-delà de quatre à six semaines de mesures coercitives, le public lâche, il ne supporte plus. 

Les mouvements de reprise d’activité se dessinent dans certains secteurs qui étaient jusque-là bouclés. Il y aura donc reprise et sans en accuser les acteurs qui vont en profiter, le risque de relancer la propagation de la maladie est là. Je pense qu’on part sur des semaines et des mois encore difficiles. 

Apres plusieurs semaines de confinement, le taux d’incidence baisse. Ensuite, c’est presque un réflexe naturel, les gens se relâchent un peu. Il y aura donc une reprise de la maladie. Or au moment de cette reprise, on n’aura pas encore vacciné un pourcentage suffisant de la population pour enrayer la propagation du virus. Les données de l’équation sont très simples.

Le variant brésilien pourrait-il avoir le même parcours que le variant anglais en métropole ?

D. C. : Ce serait complètement illusoire de croire qu’on pourra stopper la progression du variant brésilien. Il va envahir un peu à la fois le monde entier et à moins qu’arrive un autre variant plus transmissible, c’est pratiquement inéluctable. La seule chose qu’on peut faire c’est de le ralentir, le freiner, réduire l’impact pour ne pas se laisser envahir d’un seul coup.

Ph. A. : Le variant brésilien se transmet plus que le variant britannique. Il faut donc limiter sa diffusion comme celle du variant sud-africain. Mais pour les trouver il faut faire plus de séquençage, or on ne séquence pas assez en France. De toute façon, le variant brésilien est sensible aux quatre vaccins utilisés en France mais le système immunitaire doit plus travailler qu’avec les autres pour s’en débarrasser, la question d’une troisième dose se pose, un boost peut-être à la rentrée sera nécessaire. Mais pour le moment les craintes c’est l’apparition d’autres variants.

Comment vous voyez la situation sanitaire évoluer les prochains mois ?

D. C. : Les grandes modifications de l’évolution de cette maladie vont dépendre des variants. Tant que ces variants sont sensibles à la vaccination, on réduira l’incidence de la maladie en France. Si au contraire, il apparaît des variants insensibles à la vaccination, c’est comme si vous aviez à faire à une nouvelle maladie. Il faudra alors inventer un nouveau vaccin, et pratiquement tout recommencer : instaurer un nouveau un confinement, port du masque strict.

Ph. A. : Quand est-ce qu’on sort de tout ça ? Pas avant l’été 2022. 

L’été de cette année va être plus contraint. 

En septembre, la question de l’immunité collective va se poser, on ne l’atteindra pas. Il va falloir vacciner les moins de 18 ans. 

Puis il y aura le retour de la grippe. La grippe est aussi une maladie infectieuse pour laquelle il y a une immunité collective qui se renouvelle tous les ans. Or cette année, personne n’a fait de grippe. Ça veut dire que les nouveaux virus qui vont arriver à partir de l’automne arriveront dans une population qui sera beaucoup plus sensible. On risque donc d’avoir une épidémie de grippe importante. Or une épidémie de grippe en temps normal ça sature les hôpitaux et ça entraîne des déprogrammations…

En février, la possibilité d’une nouvelle vague contre laquelle une troisième vaccination pourrait nous prémunir. 

Et chaque année, il faudra se vacciner contre le Covid.  



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