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Maxime Lefebvre, boulanger entrepreneur à Amiens qui n’entre « pas dans le moule »


Boulanger et entrepreneur, passé par l’apprentissage et inspiré par des figures fortes, Maxime est à la tête de trois établissements composant une équipe de soixante salariés. Un personnage dont l’histoire a marqué notre journaliste Thibaut Rysman, voici son portrait.

Pour comprendre Maxime, il faut le voir ou l’entendre ou alors il faut le lire mais pour le lire il faut s’imaginer une personne s’exprimant avec les mots justes, tous empreints d’une conviction qui ne trahit pas l’innocence.

Maxime est une machine ! Une machine d’entreprenariat convaincue que sa meilleure matière première c’est l’humain. Aujourd’hui à la tête de trois magasins pour soixante salariés, il est bien résolu à rendre tout ce que l’humain lui a déjà apporté.

Notre entretien se passe par téléphone sur son chemin du retour à maison… 1h30 entre Amiens et Gouvieux. 1h30 que je regrette de ne pas avoir enregistrées pour vous restituer en sonore la pureté de sa conviction.

Maxime est né à Compiègne le 11 juillet 1986. Il a donc 35 ans. C’est un sensible. Un très sensible même. Le petit est agité, un peu différent, hors-cadre.

« J’étais pas dans le moule. J’avais de très mauvais résultats scolaires. Moi j’étais obèse de 13 à 20 ans. Je me suis fait tabasser régulièrement. Avec les filles voilou… Tout ça est resté en moi comme un moteur de revanche. J’avais le choix avec le suicide, j’ai choisi la revanche !« 

Maxime vit jusqu’à ses 17 ans à Béthisy-Saint-Martin, dans l’Oise. Il a trois frères et une sœur. Le cadre familial est dur. Même si l’amour de la famille est présent, les mots pour l’exprimer ne sont pas trouvés. Et ce manque d’amour exprimé apparaîtra comme une revanche tout au long de ce récit. Son papa souffre d’une maladie dégénérative du cerveau méconnue à l’époque. Une sorte de violent Alzheimer.

« C’était beaucoup de douleur pour nous. Je m’en veux toujours beaucoup car les premiers comportements de sa maladie on ne mettait pas de mots là-dessus. On était durs avec lui. Avec le recul je me dis que si mes enfants se comportaient comme ça avec moi je ne serais vraiment pas bien« .

Très vite, et comme son frère, il a envie d’indépendance. C’est là qu’apparaît l’un des premiers hommes de sa vie.

« Mon oncle ! Un cuisinier. Une sorte de deuxième père pour moi. J’ai beaucoup jalousé la relation de mon frère avec lui. Je voulais attirer son attention sur moi afin de m’aider à me lancer dans la boulangerie. J’ai mis du temps à comprendre que je n’étais pas bête. Le patron de la boulangerie de Béthisy me prend en apprentissage et là j’ai pris une grande claque dans la tête. 3h du matin jusque 15h. À 2h du matin en partant j’allais pleurer dans le lit de ma mère pour ne plus aller travailler.« 

Et malgré cela il n’a pas arrêté. Prenez un instant pour imaginer l’image. Un petit de 14 ans avec un papa malade, dans un petit village, qui vit très mal son obésité. Harcelé par ses copains, qui pleure à 2h du matin au pied du lit de sa maman pour ne plus aller en apprentissage.

Et malgré ça il n’a pas arrêté. Car dans la famille il y avait une valeur travail. Le week-end, la fratrie aidait les parents qui élevaient des cockers. Ils s’occupaient des chenils.

À 18 ans, il lâche la boulangerie pour rejoindre la grande distribution. Une parenthèse qui s’est terminée en bagarre. Maxime revient alors dans la boulangerie avec la rencontre du deuxième homme de sa vie : François Bigot, fils de Maurice Bigot, charcutier à Pierrefonds.

« Là j’ai rencontré un grand-frère spirituel. François c’est l’artisan entrepreneur par excellence. Je voyais en lui un modèle. Il m’a appris à aimer le travail. L’apport de valeurs essentielles : la valorisation et le partage. Travailler chez les Bigot vous n’en ressortez pas indifférents. Vous savez, l’apprentissage on en parle pas assez en France, mais quand il est bien pris en main vous pouvez sauver des enfants et terminer leur éducation de la vie. Les valeurs Bigot c’est moi qui essaie de les transmettre désormais.« 

Passage chez les Boulangerie Paul – où il décline une proposition pour devenir cadre dans l’entreprise – puis dans une entreprise de vente de pompes à chaleur. Envie d’apprendre la vente… Là encore on lui propose de grimper très vite. Il décline. Retour à Pierrefonds chez les Bigot avec une idée en tête.

« J’ai créé mon activité en vendant du pain et des viennoiseries au marché. François fabriquait moi je vendais. J’ai vendu ma BMW pour un Trafic. Je faisais cinq marchés : Gouvieux, Senlis, Compiègne, Crépy-en-Valois et Thourotte. Ensuite je suis allé voir un banquier sans savoir ce qu’était un prévisionnel. J’ai réussi à obtenir 100 000 euros.« 

Maxime crée alors un fournil dans un appartement à Saintines, dans l’Oise, pour fabriquer lui-même ses produits. Il fabriquait la nuit pour vendre le jour. De 22h à 16h le lendemain sans relâche, pendant trois ans, aidé par son petit frère. Maxime veut maîtriser sa chaîne du début à la fin.

« Le fait de commencer si bas ça m’a permis d’aiguiser mes sens dans tous les domaines. Je veux qu’on m’aime et qu’on dise du bien de moi. Ça rend pas heureux mais moi ça me permet d’avancer.« 

En 2012, fort de son expérience et avec des sous en poche, il rachète une boulangerie à Gouvieux. On y est. C’est le début de la grande aventure. Il vend ses produits mais fédère aussi autour de lui une formidable énergie affective. Quand les enfants passent devant sa boutique ils disaient à leur maitresse : « Là on est chez Maxiiiiime« , et pour cause, à chaque fois qu’ils venaient dans la boutique avec leurs parents, il leur offrait une petite chouquette. Qui n’a pas ce souvenir du commerçant qui donne un bonbon ou un morceau de chocolat ?

« Le dimanche j’organisais régulièrement des buffet de sortie de messe. Je buvais des canons avec le prêtre et les fidèles tout en mangeant des huîtres ou de la charcuterie. Mais j’avais quand même une frustration. Moi qui aime créer le contact, passer du temps avec les clients je voulais un lieu de vie. Un lieu où ce que je vends les gens puisse le manger sur place.« 

Direction Amiens. Pas assez confiant pour oser Paris… Là il ouvre rue de Noyon son premier Maxime Boulangerie. Les clients peuvent manger sur place ce qu’ils achètent. Salades, sandwich, pâtisseries, etc. Il multiplie le chiffre d’affaires de l’ancienne boulangerie Brichet par quatre.

« En 2016 mine de rien ce concept-là n’était pas très présent… Voire pas du tout. Là ça a marché tout de suite. Je passe de trois salariés à quatorze. Je me vois encore dire à mes équipes qu’ils sont importants dans la vie des gens. Si vous êtes sympa avec les clients on va forcément parler de vous.« 

Comme il voulait développer un peu plus l’aspect restauration il ouvre en 2019 un nouveau magasin à Longueau… Quatre mois avant le premier confinement ! Là on rentre dans le vrai concept de restauration avec buffet à volonté et grands canapés confortables sous une lumière tamisée. On en oublierait qu’on est en pleine zone commerciale. En 2021 ouvre son troisième magasin place Gambetta avec les brunchs à volonté. La restauration prend une place si importante qu’il ouvre à Amiens Nord un atelier de production financé par ses propres magasins. Il emploie actuellement soixante personnes dont sa maman.

Je finis par lui demander les raisons pour lesquelles il ne s’arrête jamais. Pourquoi ne pas se contenter de ce qu’il a créé.

« Et bah c’est comme quand j’étais obèse ! Parce que si je m’étais accepté je serais resté obèse toute ma vie. J’ai encore en tête l’envie de montrer à ceux qui m’ont emmerdé que c’est eux qui se sont trompés. Et puis quand tu détectes des pépites dans l’entreprise, des gens qui ont accroché et bien je me dois de leur proposer des perspectives. En ce moment j’ai un jeune boulanger qui s’appelle Julien. J’adore l’idée de le voir grandir. J’ai envie de lui proposer des perspectives. Ces jeunes si on les aime comme un père avec ses fils ils peuvent soulever des montagnes. Les meilleurs éléments chez moi sont ceux qui ont eu des parcours difficiles.« 

En 2017, Maxime est tombé amoureux du produit aussi grâce au troisième homme de sa vie : Thierry Delabre, aujourd’hui décédé. Thierry était diabétique de type 2. Il adorait faire du pain mais il ne pouvait pas en manger. Sauf le sien… Il fabriquait du pain pour ses voisins. Grâce à cette rencontre, Maxime a encore travaillé sa qualité, notamment avec les ingrédients. Il utilise du levain ancien.

Et cette qualité fait partie de ses projets à venir. Créer une franchise où les artisans meuniers sont situés à proximité des magasins. L’ambition est colossale : ouvrir une vingtaine de magasin d’ici à cinq ans.  Ainsi qu’une envie de se lancer dans l’hôtellerie avec le petit-déjeuner qui remplacerait le dîner aux chandelles.

Maxime ne s’arrête jamais. Quand il finit par arriver chez lui, après être resté 20 minutes devant la maison il s’apprête à retrouver son épouse Laurence (ancienne cliente de Gouvieux et maman d’Inès, 10 ans) et ses 2 petits garçons Marceau, 5 ans, et Jules, 4 ans.

Je termine la discussion en lui demandant s’il se fixe des limites ou si ses projets d’ouverture de magasins sont sans fin.

« Si je me donne un nombre je me limite. Je déteste les limites. Je n’irai pas au-delà de ce que les valeurs pourront absorber. Le fil conducteur sera toujours la qualité et la satisfaction du client. Ça c’est capital. Mais dans 15 ans c’est sûr j’aurai toujours besoin qu’on m’aime !« 



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