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Manoir Industries en redressement judiciaire, un repreneur à l’horizon


A la demande de Manoir Industries, le Tribunal de Commerce de Paris a placé son site de Bouzonville en redressement judiciaire aujourd’hui jeudi 4 mars 2021. Les six autres sites français du groupe l’avaient été en début de semaine. Un repreneur français est sur les rangs.

Défraichi, encore porteur des stigmates de l’incendie qui détruit une partie du toit en 2019, le site fait peine à voir de l’extérieur. Difficile d’imaginer qu’on y forge des pièces en acier à haute valeur ajoutée… Pourtant c’est bien le cas.

Manoir Industries produit à Bouzonville essentiellement des tubes en acier pour l’industrie pétrolière, le BTP, et également l’armement. « L’outil reconstruit est neuf, le personnel est motivé et qualifié, je suis optimiste pour le site » estime le maire de la ville, Armel Chabane.

L’usine de Bouzonville forge principalement des tubes en acier, pour l’industrie pétrolière, le BTP et l’armement.

© France 3 Lorraine

Origines

Malgré son nom bien français, et ses origines lorraines qui remontent aux débuts du siècle dernier, Manoir Industries appartient depuis 2013 à Yantai Taihai Group, une holding chinoise.

Spécialisé dans la transformation des métaux et la production de pièces forgées, le groupe compte sept sites en France, dont un en Moselle, à Bouzonville qui se trouve aujourd’hui dans une posture singulière. Le Tribunal de Commerce de Paris l’a placé en redressement judiciaire aujourd’hui jeudi 4 mars 2021 à 11 heures. En cessation de paiement, le patron chinois n’avait visiblement pas d’autres solutions.

Le grand incendie

L’usine de Bouzonville revient de loin, presque de l’enfer.

Le 29 août 2019 un incendie a détruit une partie du site. Toujours en travaux, l’activité avait pu reprendre partiellement. « Le carnet de commandes se remplit bien, pas de souci là-dessus« , estime Xavier Peloso, délégué syndical CGT, et secrétaire du Comité Social et Economique (CSE) de Bouzonville. Mais l’actionnaire majoritaire de Yantai Taihai Group, le fond d’investissements lui aussi chinois CAM SPC a épuisé la trésorerie.

Repreneur

Selon nos informations, c’est le français Set Forg Hot Formers, repreneur il y a quelques années du site des forges d’Hagondange (l’ancienne SAFE, Société des Aciers Fins de l’Est), qui est sur les rangs pour reprendre le site de Bouzonville.

« Ils connaissent le site, les négociations étaient bien avancées, ils avaient même accès  à la data room (l’ensemble des données économiques et financières de l’entreprise)« , confirme Xavier Peloso.

Le site de Bouzonville emploie 170 personnes dans sa forge.

Le site de Bouzonville emploie 170 personnes dans sa forge.

© France 3 Lorraine

François Boucherat, directeur commercial de la holding Farinia, propriétaire de Set Forge, confirme l’intérêt pour le site de Bouzonville: « ils sont complémentaires avec nos activités actuelles, qui sont au 2/3 dans la production de pièces pour l’automobile« .

L’industriel motive sa volonté « par notre capacité déjà prouvée à racheter des entreprises en difficulté et à les remettre sur les rails. Nous étions les seuls à vouloir racheter la SAFE, nous l’avons redressée et aujourd’hui nous avons beaucoup plus de clients et de débouchés qu’à la reprise« . Le groupe français emploie aujourd’hui près d’un millier de salariés sur neuf usines de forge.

Emploi

Pourquoi ne pas avoir acheté le site avant ? Peut-être parce que le redressement judiciaire va permettre à Set Forge Hot Formers, qui fait partie du groupe industriel français Farinia, de reprendre à ses conditions. Traduction : sans le passif, et avec la possibilité de supprimer éventuellement des emplois.

« Evidemment, on craint pour l’emploi » explique Xavier Peloso, délégué syndical CGT, et secrétaire du Comité Social et Economique (CSE) de Bouzonville: « le futur repreneur ne gardera pas tout le monde, c’est une quasi-certitude« .

Le syndicaliste estime que la reprise pourrait entraîner la suppression d’une partie des personnels des fonctions  support (comptabilité, paie, etc.), dont l’activité pourrait être assurée au siège du futur repreneur. Plus inquiétant, il craint pour le personnel de production: « tout dépend de la politique industrielle de notre nouveau propriétaire… Si la deuxième ligne d’estampage ne redémarre pas, il y a à craindre des suppressions d’emploi sur cette outil« .

François Boucherat ne cache pas « qu’au moment d’une reprise, il y a toujours deux ou trois ans difficiles. Mais nous venons avec la volonté et les ressources d’un groupe, qui possède des compétences accrues, dans la recherche, le développement, le réseau commercial« .

 



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