weighexperts.com
Image default

l’usine à rails menacée par la hausse des prix de l’énergie


Le feuilleton de l’usine d’Hayange vient de s’enrichir en janvier 2022 d’un épisode de plus. Unique producteur de rails en France, le site de la vallée de la Fensch est touché de plein fouet par la hausse du prix des matières premières et de l’énergie. L’usine mosellane est également fragilisée par son alliance avec son principal fournisseur, l’ex usine Ascoval dans le Nord.

La sidérurgie est une industrie lourde, avec des cycles longs. Voilà pour l’adage, valable encore il y a quelques années. Aujourd’hui, le sort de l’usine à rails d’Hayange prouve le contraire. Après la valse des propriétaires (3 en 5 ans), les salariés de la vallée de la Fensch doivent à la fois affronter une forte hausse du prix de leurs matières premières, de leurs coûts de production, et un bras de fer entre leurs patrons allemands et l’Etat français, dans lequel ils entendent bien ne pas rester spectateurs.

Propriété de la fondation publique Montan Stiftung Saar via la Stahl Holding Saar depuis l’été 2021, l’usine à rails reste tenue par les engagements pris avant son rachat, et notamment le drôle de mariage à trois qui impose à l’usine d’Hayange de se fournir en matière première auprès de l’aciérie électrique ex-Ascoval (Nord) à hauteur de 140.000 tonnes de blooms par an. Le troisième larron c’est la SNCF, qui s’engage dans le même temps via l’Etat à s’approvisionner sur plusieurs années en rails lorrains.

L’aciérie électrique de Saint Saulve fait partie de la même holding désormais, mais elle reste plombée par des coûts fixes très élevés, un manque de clients (Hayange est de loin le premier et le plus important) et une hausse des coûts des matières premières et de l’énergie. Ces derniers ont explosé en un an pour le site mosellan : le prix du gaz a été multiplié par trois, et la tonne de rail coûte deux fois plus cher à produire en décembre 2021 qu’en janvier de la même année. « C’est clairement Ascoval qui nous plombe » tranche Djamal Hamdani, membre pour la CFDT du conseil d’administration de Saarstahl Rails Hayange.

La crainte des syndicats lorrains : perdre des clients, dans un marché où les contrats se négocient pour plusieurs années. Ceux des Belges d’Infrabel et des Italiens de RFI doivent se renouveler cette année, mais les clients accepteront-ils une hausse des prix en conséquence ? Le plan de charge prévisionnel de l’usine, que nous avons pu consulter, montre que les Sarrois anticipent clairement une baisse d’activité dans la vallée de la Fensch, avec une production estimée à 240.000 tonnes pour 2022, contre plus de 300.000 lors des précédents exercices. Toute baisse de production se traduisant forcément par une utilisation moindre des outils, c’est l’emploi qui est menacé, et d’abord par des mesures de chômage partiel. Hayange emploie aujourd’hui près de 500 salariés.

Le scénario des Sarrois pour sortir de la crise : se fournir en interne en blooms issus de la filière fonte des hauts fourneaux de Dillingen, moins chers. Selon les documents que nous avons pu consulter, nos voisins ont fait leurs comptes. Face à des blooms électriques d’Ascoval à 850 euros la tonne, ils envisageraient de recourir aux blooms made in Germany dont ils estiment les coûts de production à 660 euros : 25% moins chers, de quoi rendre plus compétitifs les rails d’Hayange.

Problème : le sidérurgiste allemand avait déjà évoqué cette piste en novembre, et il avait été contraint d’y renoncer sous la pression conjointe du gouvernement français et des syndicats de l’usine du Nord. La CFDT d’Hayange dénonçait alors « une ingérence de l’Etat français« . Ironiquement, les syndicats étaient pourtant  unanimes lors des précédents rachats pour réclamer l’arbitrage de l’Etat face aux groupes financiers qui se sont succédés au capital de l’usine…  Le dossier reste éminemment politique, et vient brouiller encore un peu les perspectives industrielles de l’usine mosellane.

 « Sauvée » par Bruno Lemaire, l’aciérie nordiste d’Ascoval ne doit son salut qu’à un soutien gouvernemental appuyé par des aides et des prêts publics à hauteur de 100 millions d’euros. La Région des Hauts de France a d’ailleurs annoncé qu’elle renonçait au remboursement d’une partie de cette dette. 

« Les Sarrois n’ont aucun intérêt à maintenir en vie Ascoval qui est dans le coma depuis des années et n’a aucune chance de s’en sortir » estime un spécialiste de la sidérurgie. Le business plan de Saarstahl prévoyait bien une montée en charge de l’aciérie nordiste à hauteur de 500 000 tonnes par an, « mais c’était pour habiller la mariée, personne n’y croit vraiment » poursuit-il. De fait, la production actuelle prévue est au moins deux fois inférieure, « ce qui n’est pas tenable à moyen terme, surtout dans un contexte de prix élevés de l’énergie« . Le Ministre de l’Economie tentera-t-il de sauver le site d’Ascoval quoi qu’il en coûte ? « Hors de question que nous soyons sacrifiés à cette fin » estime la CFDT de l’usine d’Hayange, « tous les Présidents de la République ont eu affaire avec les sidérurgistes en lutte, on saura se faire entendre aussi dans la campagne politique à venir« .



Source link

A lire aussi

Une entreprise lilloise crée un logiciel pour prévenir la fatigue au volant

adrien

dans Londres désert, les salariés sont peu pressés de retrouver le bureau

adrien

les nuages gagnent du terrain et le mercure prend des couleurs

adrien

EELV et LFI trouvent un accord

adrien

le toit de l’ancienne école d’infirmières totalement embrasé, la chapelle voisine ravagée par les flammes

adrien

Cambrai a commencé sa mise à jour du calendrier et s’adapte au huis clos

adrien