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les associations face au “séisme” de la Covid-19

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Il y a quelques jours, Patrick Théodon, le maire de Ghyvelde (Nord) lançait un appel national pour sauver le monde associatif : “Si rien n’est fait, certaines structures, qui n’ont pas d’économies, seront dans l’obligation de cesser leurs activités dans un futur proche”. Devant ce constat inquiétant, nous avons lancé un appel à témoignages via les réseaux sociaux à destination de ceux, dans les Hauts-de-France, qui sont responsables d’une structure associative. Vous avez été nombreux à nous répondre. 

“Nous comptions 420 licenciés en 2019. Nous en avons eu seulement 310 en 2020”

Pratiquement toutes les associations contactées constatent une perte d’adhérents. “Nous comptions 420 licenciés en 2019. Nous en avons eu seulement 310 en 2020”, observe Fabrice Villamaux, président du club de football de Laigneville (Oise). Toutes les compétitions amateurs ont été annulées et, selon les clubs, les entraînements sont plus ou moins assurés. “Au lieu des quatre équipes séniors que nous mettons habituellement en place, nous n’avons pu en monter que trois : cette décrue est-elle liée au Covid ? En tout cas, elle n’a pas aidé à inverser la tendance”, abonde Christophe Dewale, président du club de football de Ghyvelde (Nord).

Cette situation ne concerne pas uniquement les clubs de football. “En septembre 2020, nous avons enregistré 25 à 30% de baisse d’adhérents, ce qui représente environ une trentaine d’élèves, essentiellement des enfants”, témoigne Christophe Lalau, président du Grenier de la danse, une école de danse à Valenciennes (Nord).

Au lieu d’être une douzaine chaque vendredi pour se retrouver physiquement afin de jouer à des jeux de société, nous ne sommes plus que 3 ou 4 à se connecter en ligne.

Sylvain Machen, membre de Ch’ti Ludo, une association de jeux de société à Haubourdin (Nord).

Si la rentrée scolaire est généralement une date clé pour faire un point sur la situation du nombre d’adhérents, d’autres voient leurs affiliés se démotiver au fil des semaines : “seul un noyau dur de dix à quinze personnes suivent les cours en visioconférence, les autres ont arrêté”, raconte Helène Offray, présidente de Shape and Danse, une association de fitness située au Portel (Pas-de-Calais). Son association comptait une centaine d’adhérentes à la rentrée 2020. “Au lieu d’être une douzaine chaque vendredi pour se retrouver physiquement afin de jouer à des jeux de société, nous ne sommes plus que 3 ou 4 à se connecter en ligne”, explique Sylvain Machen, membre de Ch’ti Ludo, une association de jeux de société à Haubourdin (Nord).

“Si les adhérents nous demandent le remboursement de la cotisation, nous sommes foutus”

Cette décrue pose en premier lieu des problèmes financiers. Surtout quand les adhérents demandent le remboursement de leur cotisation, comme c’est le cas dans plusieurs associations. “Seulement 20% des licenciés ont réglé entièrement leur licence. 30% ont donné la moitié et le reste refuse pour l’instant de payer car ils s’estiment lésés par la situation sanitaire”, calcule Fabrice Villamaux, du club de foot de Laigneville, pour une licence qui coûte 85 euros pour les enfants et 100 euros pour les adultes.

Lui demande à la Ligue de Picardie et à la Fédération française de football de prendre en charge le prix des licences des joueurs pour que celles-ni ne reviennent qu’à 1 euro par tête. Christophe Dewale, du club de Ghyvelde, demande également un geste des instances nationales du football français. Il est confronté au même problème que son homologue de l’Oise : “notre licence coûte 52 euros par an et de nombreux joueurs souhaitent son rembousement. Ils me disent que cela fait deux années qu’ils payent pour rien”.  

Mais toutes les associations ne sont pas affiliées à des fédérations, qui plus est, aussi à l’aise financièrement que la FFF. “Depuis quelques jours, et l’aggravation de la situation sanitaire, je reçois des messages d’adhérents qui me questionnent sur ce qui va advenir de leur argent. S’ils nous demandent le remboursement de la cotisation, nous sommes foutus”, s’inquiète Christophe Lalau, du club de danse, qui qualifie la crise de “séisme” pour sa structure. Alors, parfois, certaines associations proposent une prochaine adhésion à prix réduit, sans pouvoir garantir la tenue des activités. 

Les contraintes sanitaires étaient trop pénibles pour que les concours de boules se déroulent normalement. Leur annulation constitue un manque à gagner de 2.000 euros.

Joël Jadot, président du club de pétanque de la Boule Beaurinoise (Pas-de-Calais).

Mais, au-delà des cotisations, normalement ce sont les activités annexes de l’association (galas, buvettes, concerts, stages, salons) qui permettent à celles-ci de rentrer dans leur frais. Or, tout a évidemment été annulé. Joël Jadot, président du club de pétanque de la Boule Beaurinoise (Pas-de-Calais) décrypte : “les contraintes sanitaires étaient trop pénibles pour que les concours de boules se déroulent normalement. Leur annulation constitue un manque à gagner de 2.000 euros”. “Les concerts nous permettent de récolter de l’argent, dont nous sommes privés en ce moment”, confirme Bruno Drinkebier, président de l’orchestre harmonie de Saint-Omer (Pas-de-Calais).

Restent alors les subventions de la mairie, sous la forme d’un chèque en bonne et due forme ou la location grâcieuse de locaux. Mais celles-ci aussi peuvent se retrouver chancelantes ou promis à un avenir incertain : “cette année, la subvention de la mairie est arrivée en décembre au lieu d’août. Pour l’année 2021, nous ne savons pas quand elle tombera”, s’interroge Fabrice Villamaux. 

“Dans le cadre de notre travail et de nos loisirs, nous passons déjà beaucoup de temps devant les écrans. Nous n’avons pas envie d’en rajouter”

La pandémie a mis un frein aux activités associatives, qu’elles soient sportives, musicales ou culturelles, lors desquelles le respect des gestes barrière peut être difficile à mettre en place. Certains ont décidé de prolonger l’aventure en ligne mais le goût n’y est plus : “Dans le cadre de notre travail et de nos loisirs, nous passons déjà beaucoup de temps devant les écrans. Nous n’avons pas envie d’en rajouter. L’essence même des jeux de société, c’est de rencontrer des gens”, continue Sylvain Machen avant de citer Platon : “on peut en savoir plus sur quelqu’un en une heure de jeu qu’en une année de conversation”. Les sportives du cours de fitness, elles, ont décidé de se retrouver une fois par semaine par visioconférence pour bavarder, surtout de sport.

Nos quatre professeurs de danse sont au chômage partiel. En conséquence, ils ne peuvent pas travailler et assurer un cours à distance.

Christophe Lalau, président du Grenier de la danse, une école de danse à Valenciennes (Nord).

D’autres ne peuvent même pas envisager cette solution à distance : “nos quatre professeurs de danse sont au chômage partiel. En conséquence, ils ne peuvent pas travailler et assurer un cours à distance”, regrette Christophe Lalau. 

“Le lien social fout le camp, il est brisé”

Devant l’impossibilité de se réunir pour ces activités, toutes les personnes interrogées s’alarment de la perte de lien social que cet arrêt occasionne. “Le lien social fout le camp, il est brisé”, dit simplement Joël Jadot, du club de pétanque. “Nous avons perdu le contact avec plus d’une dizaine d’adhérents alors même que nous avons un listing téléphonique et que nous essayons de prendre des nouvelles”. “Je suis angoissé rien qu’en pensant à l’énergie qu’il va falloir fournir pour attirer à nouveau les gens après la crise. C’est un deuxième travail à plein temps”, se préoccupe Hélène Offray, présidente bénévole de l’association de fitness Shape and Danse.

Certaines dynamiques bien huilées subissent le choc frontal de la crise épidémique : “j’ai peur que certaines activités se perdent”, avoue Erwan Louarn, président du Loup production, une association culturelle (théâtre, confection de costumes) de l’Oise. “J’ai peur aussi que les gens se soient habitués à ne plus faire d’activités. L’ordre des priorités a changé. Il va falloir s’adapter, sinon nous allons disparaître”, se projette Christophe Lalau de l’école de danse. “Certains vont mettre beaucoup de temps à retrouver une vie normale”, croit savoir Sylvain Machen, du club de jeux de société.

Ce sont les projets, et nous en avons plein les cartons, qui feront revenir les gens. Nous avons juste besoin d’une date. Tout est prêt pour repartir.

Bruno Drinkebier, président de l’orchestre de Saint-Omer.

Une fois la crise sanitaire passée, les associations vont devoir se réinventer. Les présidents des clubs de football veulent investir des disciplines qui nécessitent moins de contacts pour prévenir une nouvelle vague : foot-golf, tennis-ballon ou football en marchant. Christophe Lalau souhaite ouvrir ses portes à la pratique de l’handidanse pour aller chercher un nouveau type de public. Bruno Drinkebier, de l’orchestre de Saint-Omer estime que “ce sont les projets, et nous en avons plein les cartons, qui feront revenir les gens. Nous avons juste besoin d’une date. Tout est prêt pour repartir”.

Plus de 100.000 associations dans les Hauts-de-France

Selon le dernier rapport de Recherches et solidarités, un réseau associatif d’experts, en date d’octobre 2020, il y a dans la région entre 102.000 et 107.000 associations. Celles-ci réunissent entre 980.000 et 1.020.000 bénévoles, dont plus de 400.000 sont considérés comme réguliers. 


Même si la grande majorité ne peut compter que sur des bénévoles, 11.100 associations emploient plus de 170.000 personnes. La part de l’emploi associatif dans l’ensemble du secteur privé en 2019 se situait à plus de 11% dans les Hauts-de-France, soit le score le plus haut à l’échelle nationale. 




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