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la famille porte plainte contre la police

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En 2019, Nathalie Debaillie se rend plusieurs fois au commissariat de Lille pour signaler le comportement dangereux à son égard de son ex-compagnon, qui ne supporte pas la séparation. La police ne réagit pas. Durant le mois de mai, elle est tuée par Jérôme Tonneau à La Madeleine.

En 2019, Nathalie Debaillie fut l’une des 146 femmes tuées par leur compagnon (ou ex) en France. Ou, en réduisant le spectre, l’une des huit victimes dans le Nord cette année-là, selon une étude nationale relative aux morts violentes au sein du couple menée par le ministère de l’Intérieur.

A plusieurs titres, sa mort, et les conditions de celle-ci, sont symboliques des féminicides. Comme dans la majorité des cas, son ex-compagnon, qui supportait mal la séparation voulue par Nathalie Debaillie, a utilisé une arme blanche. Pour Jérôme Tonneau, 53 ans à l’époque des faits, ce sera un cutter.

Le 31 mars, Me Isabelle Steyer, l’avocate du frère de la victime, Nicolas Debaillie, a déposé une plainte auprès du ministère de l’Intérieur pour faire constater ce qu’elle estime être des infractions déontologiques de la part des policiers du commissariat de Lille. En remontant le fil de l’affaire, l’incompréhension règne quant au comportement de ces fonctionnaires, tout au long des mois précédant le drame.

“Avant sa mort, Nathalie Debaillie a déposé une plainte et trois mains courantes, dans laquelle elle décrivait tout ce qu’elle subissait, preuve à l’appui”, explique l’avocate. Le 6 février 2019, soit 3 mois avant la mort de Nathalie, celle-ci quitte Jérôme. “Il a immédiatement une mauvaise réaction, il lui dit : «non tu ne me quittes pas», raconte son frère.

Ensuite viennent les menaces. L’ex parle de l’enlever, de la placer dans un coffre de voiture et de la séquestrer. Il le fait savoir autour de lui. “Non seulement il voulait la tuer mais il le disait avec un sentiment d’impunité total”, explique Nicolas Debaillie qui ajoute : “il lui a envoyé une photo d’une pierre tombale”.

Finalement c’est elle qui est convoquée pour répondre d’un vol fictif de portable

Rapidement donc, les preuves matérielles s’accumulent d’autant que la future victime consigne tout sur son ordinateur (SMS, appels, photos). 8 jours après la rupture, Nathalie Debaillie se rend une première fois au commissariat de Lille. Seule une main courante est déposée. Les jours suivants, la menace se rapproche. Jérôme Tonneau harcèle son ex-compagne, tente de la saisir sur le parking de son lieu de travail, elle lui échappe in extremis en montant dans l’ascenseur.

Nathalie tente à nouveau de faire connaître son cas aux forces de l’ordre. Encore, seule une main courante est déposée. “Peut-être que ma soeur a été découragée dans sa volonté de déposer plainte par les policiers. Une main courante, c’est plus facile à traiter”, estime Nicolas. Finalement le troisième rendez-vous sera le bon, une plainte est finalement déposée. Malgré cela, rien n’est fait pour tenter d’arrêter le futur meurtrier. Nathalie souhaite qu’une patrouille passe devant son domicile pour la protéger. La demande n’aboutira jamais.

Non, celle qui doit répondre de ses actes, selon les policiers, c’est Nathalie Debaillie. Cinq jours avant sa mort, elle est convoquée à ce même commissariat. Les policiers l’interrogent : son ancien compagnon l’accuse de lui avoir volé un téléphone portable en 2017. “Pendant la relation, il lui avait offert un portable. Dans le cadre de la rupture, il lui demande de le récupérer. Lui arrive à faire convoquer ma soeur au commissariat pour cette histoire. On lui demande même des explications”, explique le frère de la victime. Le conseil de Nicolas Debaillie se désole : “son ex s’est présenté au commissariat pour cette histoire de portable alors même que la plainte pour menaces de mort avait déjà été déposée. Il n’a même pas été interrogé à ce moment-là”

Le 27 mai 2019, Nathalie Debaillie est enlevée à bord d’un utilitaire sur le parking de la banque où elle travaillait à Lille. “Son ex-compagnon est dans un tel état d’impunité qu’il ne se cache même pas, il l’amène dans son domicile, connu des services de police”, juge Nicolas Debaillie. La police la retrouve décédée quelques heures plus tard dans la baignoire du domicile de son ex-compagnon à La Madeleine.

Là-aussi, l’avocate pointe la négligence des forces de l’ordre appelées sur place : “ils ont été appelés tout de suite par un témoin de la scène de l’enlèvement. Quand ils sont arrivés devant le domicile, ils ont simplement sonné. Il faudra plusieurs heures pour qu’ils se décident à défoncer la porte”. De la description de cette scène il faut comprendre : peut-être que Nathalie aurait été retrouvée vivante si les policiers n’avaient pas autant tardé. 

“Ma soeur aurait pu être sauvée si le nécessaire avait été fait”

“Ma soeur aurait pu être sauvée si le nécessaire avait été fait”, énonce simplement Nicolas Debaillie. “Nous croyons dans les institutions de notre Etat de droit et nous espérons des réponses. Nous ne sommes pas anti-police. Nous souhaitons des réponses et faire évoluer la prise en charge des femmes victimes de violences”. Depuis le 31 mars, date du dépôt de plainte auprès du ministère de l’Intérieur, Nicolas et son conseil n’ont encore reçu aucune réponse, que ce soit de la police, du parquet ou du ministère.

Cette affaire sordide dresse en creux le lot commun de nombreuses victimes de féminicides : sur les 146 femmes tuées en 2019 par leur compagnon (ou ex), 38 avaient dénoncé aux forces de l’ordre des faits de violences antérieures au meurtre. Isabelle Steyer se demande : “combien d’autres scandales faudra-t-il pour faire avancer les choses ?”.



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