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Frédéric Thoraval nommé aux Oscars pour le montage du film Promising Young Woman


L’homme est discret, absent des réseaux sociaux. Originaire de Bretagne, avec un père dans la marine, Frédéric Thoraval n’était « pas destiné à la télé ni au cinéma » et se voyait plutôt dans la construction aéronautique. Alors nominé aux Oscars…

« C’est énorme, je n’arrive pas à réaliser, confie-t-il. C’est un rêve de gosse. J’ai l’impression d’être dans la quatrième dimension. 400 monteurs membres de l’Académie ont voté pour moi, c’est une vraie reconnaissance de mon travail par mes pairs. »

Frédéric Thoraval réagit à sa nomination aux Oscars

C’est la réalisatrice de Promising Young Woman elle-même qui l’a appelé pour le prévenir de la sélection. « Je veux bien être réveillé comme ça tous les jours ! s’exclame-t-il. Il était six heures du matin et sur le coup, je n’ai pas tout de suite compris. Même aujourd’hui, je ne suis pas sûr d’y croire. Même si je ne gagne pas, cette nomination, c’est déjà une victoire en soi. »

Pour découvrir le film, sorti en décembre aux États-Unis, il faudra attendre la réouverture des cinémas en France. Mais Frédéric Thoraval en est sûr, il aura  « l’effet d’une bombe. Il ne peut pas laisser indifférent. Les gens vont soit adorer, soit détester. »

Si à 48 ans, Frédéric Thoraval ne fabrique pas des avions, mais des films, c’est d’abord dû à une série de hasards. Dans les années 90, son lycée à Brest fait face au bâtiment du service audiovisuel de la marine. « J’y passais souvent. C’est comme ça que j’ai pu découvrir la régie, discuter images… et que j’ai commencé à avoir des rêves de cinéma. »

1992. Il décroche son bac, est pris en Maths Sup, mais tente sur un coup de tête l’entrée du BTS Audiovisuel au lycée Jean-Rostand de Roubaix. « J’ai tout de suite été sélectionné sur dossier, se souvient-il. Il y avait 600 demandes, et seulement 24 places. » Après l’oral, Frédéric Thoraval intègre la formation. « Un miracle ! Je ne sais toujours pas ce qui s’est passé… »

Ce que j’ai appris dans la région a beaucoup compté dans mon parcours.

Frédéric Thoraval, chef monteur.

Parmi les enseignants, pendant ces « deux très belles années à Roubaix », deux chefs monteurs de l’unité de production de France 3 à Lambersart, Mario Graziano et Alain Caron. « Avec ce dernier, j’ai fait mon premier stage en montage de film. C’était un peu le Graal. On nous formait surtout pour la télé, mais il y avait quelque chose de magique quand on faisait de la fiction. »

Aujourd’hui, les élèves en deuxième année de montage à Jean-Rostand se forment aussi pour le cinéma. Frédéric Thoraval a même fait un Zoom avec eux, depuis Los Angeles. « J’aimerais beaucoup revenir dans le Nord plus souvent, sourit-il, et rencontrer les étudiants. Ce que j’ai appris dans cette région a beaucoup compté dans mon parcours. Dans les montages, on met de nous, de notre culture. »

Frédéric Thoraval, interviewé par Virginie Demange : « Mon passage dans le Nord a été déterminant pour ma carrière. »

Une fois son diplôme en poche, et alors qu’il part pour Paris, Frédéric Thoraval se le promet : « Je reviendrai ! » Il lui faudra pour cela attendre presque une décennie, mais il tiendra parole, et s’installera avec sa famille à Lille Fives, où ils rénoveront une maison 1930 dans laquelle ils passeront huit ans.

Des montages pour les productions Besson

Après Roubaix, suivent le service militaire, dans l’audiovisuel de la marine, là où tout a commencé, et des contrats en renfort pour une boîte de publicité parisienne. Là, il se forme à l’Avid et côtoie les monteurs des productions Besson. En tant qu’assistant de post-production, il travaille auprès d’Hervé Schneid, le monteur de tous les Jean-Pierre Jeunet, et Sylvie Landra, monteuse de Léon et du Cinquième Elément, avant d’être appelé en renfort sur Le baiser mortel du dragon.

Clairement, cet instant marque le début de quelque chose : « Je me suis retrouvé dans une salle de montage, au milieu des rushes, entre Jet Li et Bridget Fonda, raconte-t-il. Moi qui étais quelqu’un de plutôt anxieux, je me souviens que, ce jour-là, je n’ai ressenti aucun stress. J’étais exactement là où je devais être. À ma place. »

Pierre Morel, une rencontre décisive

En 2003, l’année de l’installation à Lille, « loin de la folie parisienne », Frédéric est appelé par Pierre Morel pour son premier film, Banlieue 13. Le début de quinze ans de collaboration. Il vient d’ailleurs de monter pour lui The Ambusch, (L’Embuscade), un film de guerre sur les Émirats tourné en arabe.

Pour Pierre Morel, Frédéric Thoraval monte surtout Taken, qui lui ouvrira les portes des États-Unis. Aucun hasard, cette fois. Juste le talent. Derrière ce film, il y a la précision de Liam Neeson, la force visuelle de Pierre Morel, et le sens de l’image de Frédéric Thoraval. Un cocktail européen qui fait un carton en Amérique. « C’est ce qui m’a permis de monter par la suite des films en anglais. »

En 2008, lui qui rêvait d’en construire prend l’avion pour la première fois, direction la Finlande, pour travailler sur un film. En 2010, il est appelé à Montréal, pour plusieurs mois, et décide de faire venir sa femme Élisabeth et leurs trois enfants, Emma, Titouan et Violette. « Juste pour les vacances. » Sauf que… Frédéric est choisi pour monter Safe, de Boaz Yakin, avec Jason Statham. La famille quitte alors le Canada pour les USA, sans repasser par la case Lille, où le frigo est plein et les chats se languissent de leurs maîtres.

Ici, il ne pleut pas beaucoup, et sincèrement j’aimerais qu’il fasse un peu plus froid en hiver. Le Nord me manque.

Frédéric Thoraval, formé à Roubaix.

Philadelphie, puis Los Angeles, « pour aller au bout du visa. Deux ans, et on voit. » C’est tout vu. Les films s’enchaînent, les enfants oublient le Nord. Seul Frédéric se dit nostalgique : « Lille me manque, avoue-t-il. J’aimais me balader dans le Vieux Lille, juste pour manger une gaufre et boire une bière… Il ne pleut pas beaucoup ici, et sincèrement j’aimerais qu’il fasse un peu plus froid l’hiver. Oui, le Nord manque. »

Mais avec le Covid, les voyages sont compliqués. Et même s’il le pouvait, il ne trouverait guère le temps. Aux États-Unis, les contrats c’est au minimum 60 heures sur cinq jours. « Et encore, c’est la base, ça peut vite partir en vrille ! » Son métier, c’est sa vie. Lui qui a monté une quinzaine de films s’émerveille à chaque tournage, et essaie de varier les plaisirs.

Une quinzaine de films à son actif, dans des genres très variés

« À chaque fois, j’apprends, précise-t-il, modeste. J’ai toujours aimé le mélange des genres. » C’est ainsi qu’il passe de Lullaby, le premier film de Benoît Philippon avec Clémence Poésy et Forrest Whitaker, à O.G. (Original Gangster) de la documentariste Madeleine Sackler, avec Jeffrey Wright. Une fiction tournée en immersion dans une prison de haute sécurité de l’Indiana.

Jusqu’à cet ovni : Promising Young Woman, élu meilleur film britannique aux BAFTA 2021, et en lice pour cinq prix aux Oscars. Un revenge movie dans les règles de l’art, l’histoire d’une ex-étudiante en médecine en croisade contre la culture du viol. « C’est un film totalement déjanté, un vrai mélange des genres, qui joue avec la rom com, le thriller, le film d’horreur. C’est un bonbon qui a l’air très doux, emballé d’un joli papier rose, mais avec un poison mortel à l’intérieur. »  

A la réalisation, Emerald Fennell, actrice (elle incarne Camilla Parker Bowles dans les saisons 3 et 4 de The Crown), écrivaine pour enfants, scénariste (Killing Eve, Canal +), et première Britannique à être nommée aux Oscars pour le prix de la meilleure réalisatrice. Dans le rôle principal, Carey Mulligan. « C’est une actrice formidable ! s’enflamme Frédéric, visiblement sous le charme. Son jeu est d’une subtilité à toute épreuve, j’espère vraiment qu’elle décrochera l’Oscar de la meilleure actrice. »

Porter un smoking dans mon salon à 7h30, c’est assez bizarre… Je me suis senti obligé de faire un selfie pour immortaliser l’instant !

Frédéric Thoraval, chef monteur

Frédéric Thoraval commence peu à peu à s’habituer aux cérémonies. Nominé aux BAFTA, les Césars anglais, où Promising Young Woman a obtenu le prix du meilleur film britannique et celui du meilleur scénario, il avait revêtu son plus beau costume pour la cérémonie virtuelle. « Porter un smoking à 7h30 du matin, heure de L.A., c’est assez inhabituel ! », s’amuse-t-il.

Si les écrans interposés seront à nouveau de mise pour les ACE Eddie Awards, qui se tiendront le 17 avril – des places pour la cérémonie sont en vente sur le web – les Oscars se tiendront, eux, en présentiel, le dimanche 25 avril.

Et Frédéric a hâte d’y être ! « Je désespérais de pouvoir vivre quelque chose de festif, déplore-t-il, avec tout ce qui se passe en ce moment… Mais ça bouge. Les cinémas et restaurants, fermés depuis un an, sont en train de rouvrir. Je viens d’avoir mon premier shot de Pfizer. Mi-avril, tous ceux qui ont plus de seize ans pourront se faire vacciner. »

Frédéric Thoraval, fin prêt pour la cérémonie des BAFTA, en smoking dans son salon à 7h30 du matin.

Frédéric Thoraval, fin prêt pour la cérémonie des BAFTA, en smoking dans son salon à 7h30 du matin.

© F.T.

La cérémonie des Oscars retransmise dans 225 pays simultanément

Lui qui vit à Hollywood, près du Walk of Fame, n’aura que quelques minutes de marche pour se rendre jusqu’à Union Station, la gare de Los Angeles. Déjà, la pression commence à monter : « J’ai entendu dire que ce serait diffusé dans 225 pays simultanément ! » Oui, c’est juste. Pour y assister depuis Lille, il faudra une bonne dose de café, puisque la cérémonie se déroulera entre 2 heures et 5 heures du matin le lundi 26 avril.

En attendant, le chef monteur travaille, depuis tôt le matin jusque tard le soir, sur son film en cours. « Je suis un peu mystique, je ne parle pas des films qui ne sont pas terminés. Tout ce que je peux dire, c’est que le tournage vient de se finir. » Mystique… Et superstitieux ! Quand on lui souhaite bonne chance, Frédéric Thoraval ne dit pas merci. En tout cas, en attendant le 25 avril, nous, on croise les doigts.



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