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François Grosdidier, l’influenceur politique de Metz et de la Moselle

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Depuis la naissance du Grand Est, François Grosdidier estime que Metz est une ville effacée, malmenée, ignorée. L’ex-capitale de la Lorraine est rentrée dans le rang et ses prédécesseurs Dominique Gros, à la mairie, ou Jean-Luc Bohl, à la métropole, ont été, selon lui, les complices de ce déclassement. Pas de nostalgie cependant pour celui qui, le jour de son investiture en tant que maire déclarait avoir “été élevé dans un patriotisme messin. Enfant, je connaissais mieux l’histoire des rois d’Austrasie que celle des rois de France.” Et aujourd’hui, à sa manière, il rêve d’écrire un chapitre de cette histoire. “Politiquement, il y a un vide dans sa carrière. On ne compte plus ses mandats locaux. Maire, député, sénateur… commente cet observateur de la vie politique en Moselle, mais François Grosdidier n’a jamais été ministre et il n’est pas prêt de l’être. Il est toujours passé à côté mais aujourd’hui, il a sans doute compris qu’il pouvait avoir le pouvoir d’un ministre en concentrant ces pouvoirs locaux.

Département et région : deux leviers supplémentaires pour François Grosdidier

François Grosdidier est un pragmatique qui souhaite tout entendre, tout voir, tout savoir pour mieux agir. Le voilà donc parti dans une nouvelle aventure tentaculaire, à la conquête d’un nouveau double objectif : le département de la Moselle mais aussi la Région Grand Est pour y faire fructifier la présence et l’influence perdues de Metz. Et à ce petit jeu, il excelle. Pas de complexes, il agit en véritable animal politique et n’hésite pas à distribuer les coups de griffe. “A travers son action, il répond finalement à son électorat qui refuse une forme de déclin de la ville de Metz et de la Moselle explique Roger Cayzelle, l’ancien Président du Conseil économique social et environnemental de Lorraine, la greffe n’a pas pris dans le Grand Est à commencer par les Alsaciens. On est dans une gestion fédéralisée de la politique. Dans le Grand Est, vous vous sentez davantage représentant de votre territoire et pas un représentant de la région. Cela reste une identité totalement artificielle d’un point de vue administratif, culturel, politique… Que dans ce cadre, chacun cherche à défendre son territoire, ça me paraît très logique.” “Pour mieux régner, mieux vaut avoir le plus de leviers possibles. Bref, tous les pouvoirs” résume cet élu local.

C’est particulièrement inquiétant pour l’avenir de la ville et la démocratie locale à Metz

Un ancien élu local

A l’image d’un Nicolas Sarkozy en son temps, François Grosdidier est un hyper-président local qui souhaite concentrer le plus de pouvoirs et s’affirmer comme le seul et véritable chef d’une ville, d’une métropole, d’un département voire même de l’ancienne région Lorraine. En ayant pleinement la main sur tous ces rouages, il souhaite s’inscrire dans la durée. Un verrouillage politique comme il n’en existe pas actuellement dans le Grand Est. “Le maire actuel est avant tout un agent électoral qui place sa personne et ses proches à toutes les élections et postes comme si l’objectif unique est de se placer sans s’occuper de la gestion de la ville et de faire avancer les projets singulièrement à Metz où il y a un certain nombre de problématiques urgentes à traiter analyse cet ancien élu local, c’est particulièrement inquiétant pour l’avenir de la ville et la démocratie locale à Metz.”

Asseoir son influence et peut être plus au département

Aux dernières élections municipales, la liste de François Grosdidier était “Utile pour Metz”. Pas la peine de se casser la tête. Le slogan porte bonheur se décline aujourd’hui en “Utile pour la Moselle”. Concrètement, François Grosdidier ne peut pas, en tant que maire, cumuler son mandat avec ceux de président de conseil départemental et régional. Il peut toutefois assurer une fonction de vice-président ou de conseiller départemental ou régional.

On veut la peau de Patrick Weiten

Pour ces départementales, c’est facile, il n’y va pas mais pilote ses bataillons. Il souhaite renforcer sa position dans les cantons messins tout en éliminant le président sortant. “On veut la peau de Patrick Weiten” n’hésite pas à affirmer sa garde rapprochée en off. Il est donc à la manoeuvre avec ses lieutenants. Tout d’abord dans les trois cantons de Metz. Au total, cinq conseillers municipaux sur six possibles peuvent être élus.

A Metz 1, Patrick Thil (ex-conseiller régional mais surtout adjoint à la culture et vice-président en charge de la culture à la Métropole) se présente en binôme avec Duan Tran, conseillère en charge de la réouverture et du renforcement des mairies de quartier.

A Metz 2, Denis Jacquat, élu en 1979, a décidé de passer la main. Celui qui dirigeait la campagne de François Grosdidier durant les dernières municipales et qui continue aujourd’hui à oeuvrer dans un rôle de conseiller a un successeur tout désigné. Un docteur, comme lui. Il s’agit de Khalifé Khalifé, le premier adjoint à la mairie en charge de la cohésion sociale et de la santé, de la famille et des solidarités, et de la prévention des risques sanitaires. A ses côtés, Patricia Arnold, adjointe à l’accompagnement social et aide sociale.

Enfin, à Metz 3, François Grosdidier a récompensé Emmanuel Lebeau pour son ralliement lors du deuxième tour. En nouveau VRP de la parole du maire, Emmanuel Lebeau n’hésite pas à fanfaronner que “Metz doit retrouver son lustre d’antan”. Celui qui oeuvrait pour son propre compte ou encore Marie Jo Zimmermann il n’y a pas si longtemps est aujourd’hui le porte-voix du maire de Metz dans le canton de Metz 3. Pour l’aiguiller, l’adjointe à l’Education et aux affaires scolaires, Anne Stémart.

Avec les suppléants, on retrouve encore une fois une bonne partie du Conseil municipal et du conseil métropolitain : à Metz 1, Martine Nicolas, adjointe à la propreté urbaine et Jean-Baptiste Chapleur (43ème sur la liste Grosdidier) ; à Metz 2, Isabelle Lux adjointe à la petite enfance et la famille et Jérémy Bosco (39ème sur la liste Grosdidier) : à Metz 3, la conseillère déléguée aux travailleurs frontaliers Amandine Laveau-Zimmerlé est associée à Marc Sciamanna, l’influent adjoint à la vie étudiante et aux relations avec les établissements d’enseignement supérieur et de recherche.

François Grosdidier fonctionne sur un mode châtelain et vassaux” insiste ce connaisseur de la vie politique locale, “une fois au pouvoir, il veut toutes les cordes à son arc et tirer toutes les ficelles. N’oublions pas qu’il est aussi président de la fédération des maires de Moselle, c’est important. Si Patrick Weiten conserve le département, il empêchera Grosdidier de développer Metz et sa métropole. Il lui mettra des bâtons dans les roues. Il a donc intérêt de faire tout ça car son projet, c’est de développer la métropole au nord. Pour ce faire, il a besoin de quelqu’un au département en phase avec ses idées.

Là encore, François Grosdidier ne laisse pas trop de place au hasard. Il a même le choix entre deux autres membres de sa galaxie : Jean François, vice-Président délégué aux Sports au département (Coteaux de Moselle) mais aussi Julien Freyburger, l’actuel maire de Maizières-lès-Metz et président de Rives de Moselle (Sillon Mosellan). “Si tout se passe selon son scenario, François Grosdidier aura plusieurs options mais il veut quelqu’un à la tête du département avec l’étiquette LR” sourit notre expert, “en tout cas, Patrick Weiten peut se faire du souci. La candidature de Bohl est grotesque à moins qu’il y ait un deal pour éventuellement aller chercher des voix d’une partie du centre contre Weiten, difficile à dire.

La Région, l’autre enjeu

Pour les régionales, François Grosdidier mouille encore plus la chemise. Et cette fois en donnant de sa personne car il est tête de liste en Moselle. Il trouvera sans doute sa motivation dans le fait de vouloir écraser son ennemi de toujours, Jean-Louis Masson mais son plan est ailleurs.

Pour François Grosdidier, l’objectif est de remettre la Moselle sur le devant de la scène

Jérôme Pozzi, maître de conférences à l’Université de Lorraine

Pour François Grosdidier, l’objectif est de remettre la Moselle sur le devant de la scène” explique Jérôme Pozzi, maître de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Lorraine, “être tête de liste pour Jean Rottner en Moselle, ce n’est pas pour rien. FG travaille sur une alliance entre l’Alsace et la Moselle. Tout cela bien évidemment au détriment de la Meurthe-et-Moselle. Même avec des candidats comme Valérie Debord ou François Werner, ça ne pèse pas autant qu’un patron de Métropole. François Grosdidier, c’est du lourd et il veut montrer que Metz et la Moselle existent et qu’il faut compter avec elles.

Et pour cela, la méthode est bien rôdée. François Grosdidier entraîne avec lui sur sa liste son successeur à la tête de la mairie de Woippy, Cédric Gouth en 7ème position. On retrouve également Thierry Hory, le maire de Marly, vice-président de Metz Métropole (11ème) mais aussi le champion international d’athlétisme, chef d’entreprise, adjoint au maire de Metz et conseiller métropolitain de Metz Métropole, Bouabdellah Tahri (15ème). Sans oublier un autre adjoint, Julien Vick (21ème) et la députée européenne, conseillère municipale de Metz, conseillère métropolitaine de Metz Métropole, Nathalie Colin-Oesterlé qui occupe symboliquement la 34ème et dernière place sur la liste Moselle.

Tous ne seront pas élus mais jusqu’à la 18ème place, ils sont aisément éligibles. Cela représente néanmoins trois hommes à placer auprès de lui. De quoi peser sur des dossiers clés comme les transports ou l’université. “Si Rottner gagne, il travaillera avec tout le monde, à droite comme à gauche. Comme il l’a fait jusqu’au aujourd’hui” tempère Roger Cayzelle, “il monte au créneau pour réaffirmer Metz. Il est dans la politique et la psychologie. Nous, on veut prendre notre place et exister, c’est loin d’être idiot. Il en oublie parfois que Metz est dans un dispositif avec Nancy. Il a parfois un peu tendance à trop s’autocentrer sur Metz. Mais soyons réalistes, Rottner, s’il est réélu soutiendra l’Université de Lorraine et pas celle de Metz.” “Rottner n’a jamais fait preuve d’ostracisme vers qui que ce soit et Metz a plutôt tiré son épingle du jeu” ajoute cet ancien élu, “à chaque fois, quand la ville a demandé, elle a eu. Là dessus, Grosdidier fait beaucoup de politique en réaffirmant la place de Metz.

Que va devenir la région Grand Est ? Eclater ou pas ? Surtout depuis la mise en place de la Communauté Européenne d’Alsace ?” s’interroge Jérôme Pozzi, “je pense que François Grosdidier a senti cette menace et il a compris que la Moselle doit à nouveau exister. En tout cas, le contexte, très incertain, favorise ce type d’initiative.

Sur le site de campagne de Jean Rottner, voilà comment est présenté François Grosdidier : “Il aime déambuler sur les berges et voguer sur les bras de la Moselle entre les jardins et monuments de Metz. Il aime aussi affronter l’océan à la voile, se jouer des éléments et en s’ouvrir un horizon sans limite.” En attendant d’affronter l’océan, le voilà face à un nouveau mur. Et qu’importe s’il traine avec lui une mise en examen, le prince d’Austrasie fait preuve d’un volontarisme à toute épreuve, il est bien parti en croisade… pour sauver Metz.





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