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« ensemble et connectées » mais séparées par une vitre, elles reviennent sur leur cliché symbolique



Une mère et une fille séparées par une vitre. Ce cliché symbolique du confinement et de la peur du virus avait connu sa petite notoriété. Un an après le clic de l’appareil photo, le photographe et ses deux sujets reviennent sur ce moment particulier.

Le 28 mars 2020, le photographe de la Voix du Nord, Pascal Bonnière, plaçait en Une le cliché de Ghislaine et sa fille, Ghislaine aussi, séparées par une vitre et les gestes barrières, que les Français découvraient alors. L’image, dont la diffusion a largement dépassé les frontières des Hauts-de-France, a reçu le prix Coup de coeur du jury de la Fondation Varenne. La fille et la mère, elles, ont fini par décider de fêter les retrouvailles.

« Je suis tombé sur la scène par hasard. Je venais pour illustrer un reportage sur le portage de repas à domicile dont bénéficaient Ghislaine et son mari », raconte aujourd’hui Pascal Bonnière, « fier » de son prix et de son travail. La scène, de la fille et de la mère, qui essayent de créer une intimité à travers la vitre, l’interpelle. 

« J’ai su que je tenais quelque chose »

A son retour à la rédaction, parmi la trentaine de clichés qui garnissent alors sa carte mémoire, c’est celle-ci qu’il choisit, sur conseil de « son mentor », un photographe de l’agence Reuters, qui lui confirme la symbolique de la photo dans le contexte de ce mois de confinement. Un choix également guidé par sa sensibilité d’alors, exacerbée par l’éloignement qu’il doit lui aussi subir avec sa mère et son fils. « C’est rare que je sois sûr d’avoir une bonne image et là j’ai su que je tenais quelque chose », fait-il remarquer. 

Les Ghislaine se sont depuis retrouvées physiquement et ne sont plus séparées que par le masque. Celle qui a franchi la vitre c’est la fille. Sa mère, elle, « n’a pas mis le pied dehors depuis un an ». « Mon mari est gentil, il joue de l’accordéon, je lis le journal et des romans mais ne plus aller au cinéma et au restaurant me manque », témoigne-t-elle.

« C’était comme une façon d’être ensemble et connectées » 

La fille et la mère reviennent ensemble sur le cliché qui leur a valu de nombreux appels de la part de leurs proches. La fille, dont les yeux humides et la voix chevrotante trahissent l’émotion : « je me refusais d’entrer dans la maison à cause de la peur de transmettre le virus. C’est un geste de rapprochement, triste et fort à la fois. La vitre représente certes une barrière mais également la chance de pouvoir se voir ». Avec elle, les frontières s’élargissent : « nous sommes des Latins, nous aimons nous embrasser et nous ne pouvions plus le faire »

La mère, les yeux tout aussi humides : « c’était comme une façon d’être ensemble et connectées ». Après un an de pandémie, son regard est toujours tourné vers la rue, guettant le salut des voisins et des amis : « la fenêtre c’est mon horizon, ça fait du bien, j’ouvre les rideaux et je regarde les gens qui passent ». Elle finit par une question, rhétorique : « Vous croyez que ca va encore durer ? ». 

 





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