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En racontant l’histoire de sa mère, l’écrivain picard Edouard Louis livre un puissant manifeste féministe

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Edouard Louis, devenu célèbre avec son premier roman En finir avec Eddy Bellegueule, vient de sortir son quatrième livre. Il y parle de sa mère, avec qui il a grandi à Hallencourt dans la Somme. Un livre tendre et puissant sur la violence subie par les femmes issues de classes populaires.

Il avait fait une entrée fracassante sur la scène littéraire en 2014, à seulement 21 ans, en publiant En finir avec Eddy Bellegueule, un roman sur sa vie dans le milieu ouvrier du village d’Hallencourt dans la Somme. Rapidement salué comme une “révélation littéraire” par la presse parisienne, il choque profondément ses proches et son village avec ce récit. Il y raconte son enfance et son adolescence empreintes de violence, d’homophobie, de racisme. Il fait le tour des plateaux télé nationaux, mais boude la presse régionale, comme si elle appartenait trop à ce monde qu’il a tout fait pour quitter. 

Porter la plume dans la plaie

Le célèbre journaliste Albert Londres disait que les correspondants de guerre avaient pour rôle de “porter la plume dans la plaie“. On peut dire que c’est la manière qu’a choisi Edouard Louis pour raconter la guerre des classes, la guerre contre la misère, la guerre contre les fléaux qui touchent les milieux ouvriers. Dans son nouveau livre Combats et métamorphoses d’une femme, il retrace l’histoire de sa mère, mère adolescente, mariée à 18 ans, puis enfermée pendant 20 ans dans une vie qu’elle n’aimait pas. 

Tantôt en s’adressant à elle à la deuxième personne, tantôt en s’adressant au lecteur, il raconte la vie de cette femme par bribes. Ses souvenirs d’enfances et les conversations avec sa mère s’entremêlent et constituent, finalement, un puissant manifeste féministe. Sans concession, il raconte la violence subie avec son premier mari, puis avec le second, père de l’auteur. Il raconte comment elle a dû abandonner ses rêves et ses études pour devenir mère au foyer de cinq enfants. 

La souffrance d’une mère, la souffrance des femmes

À travers ce récit, il aborde des thèmes profondément féministes. Il s’interroge : il n’est pas une femme, peut-il vraiment comprendre ce qu’a vécu sa mère ? Mais en laissant de la place aux sentiments de sa mère, il se libère de cette question.

Tu vois, je suis beaucoup moins stressée et beaucoup plus gentille quand je suis sans ton père, c’est lui qui me rend méchante“, lui dit-elle un jour. Elle se sent emprisonnée, bridée par les hommes de sa vie : ses maris, ses fils. “Elle était humiliée mais elle n’avait pas le choix, ou elle pensait qu’elle ne l’avait pas, la frontière entre les deux est difficile, et elle est restée avec lui pendant plus de 20 ans“, analyse l’auteur. 

Plus loin, il aborde même une question épineuse, encore taboue dans notre société, traitée par certaines figures féministes contemporaines comme Mona Cholet : le regret de la maternité. Peut-on regretter d’être mère ? La question déchaîne souvent les passions, il faut l’aborder avec prudence. Lui s’y attaque sans prendre de pincettes, en retranscrivant la réflexion de sa mère à propos de ses deux premiers enfants : “Bien sûr que j’aimais ton frère et ta sœur, et je les aimerai toujours, mais je l’avoue, quand je vivais dans cette situation après avoir quitté mon premier mari et que j’habitais dans l’appartement de ma sœur, je me disais : Pourquoi j’ai fait deux enfants ? J’avais honte de le penser tu te doutes bien mais je le pensais tout le temps : Pourquoi j’ai fait deux enfants ?” L’interrogation restera en suspens, mais elle est posée.

Un récit militant

Au fil des pages, on assiste néanmoins à la libération de cette femme, qui se défait avec courage de l’emprise, celle des hommes, celle d’une société patriarcale. On découvre sa nouvelle vie à Paris, avec son nouveau compagnon, elle qui disait “qu’elle aurait aimé être lesbienne pour vivre une vie sans homme“. 

Plusieurs titres de presse ont déjà salué la qualité de l’ouvrage, se posant la question d’une “réconciliation” entre le fils et la mère, qui avait tout de même qualifié le premier roman autobiographique d’Edouard Louis de “tissu de mensonges“.

Mais au-delà de cette question très intime, on se demande plutôt si l’auteur, à la veille de la trentaine, n’est pas en train de se réconcilier avec son passé. Le Figaro l’accuse de se placer en “procureur voulant punir les coupables“. C’est un point de vue mais on peut aussi comprendre qu’il a déplacé le curseur : ses parents ne sont plus vraiment les coupables de son adolescence difficile, mais plutôt les victimes d’un système inégalitaire et du mépris social qui ont fait d’eux ce qu’ils sont. Depuis quelques années, il s’est d’ailleurs imposé dans la scène médiatique comme un fervent militant contre les inégalités sociales.





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