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Hauts-de-France

Elections municipales : à Lille, on ne fait plus de politique, on se fait la gueule

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Une guerre de tranchées. Figée. A peine une guérilla. A peine quelques escarmouches. Voilà ce que devient la campagne des élections municipales à Lille. Chacun reste campé sur ses positions. Même la diplomatie est en panne. Martine Aubry ne veut plus entendre parler des Verts, pourtant ses partenaires dans la majorité sortante. Les Verts, qui talonnaient la maire PS de 2000 voix au soir du premier tour, se rebiffent et ne veulent plus jouer les supplétifs. Violette Spillebout, de la La République En Marche, a bien tenté un rapprochement avec les écologistes, qui n’ont pas donné suite. Et la Droite, elle, a tenté un rapprochement avec la candidate du Parti Présidentiel, avec l’espoir de fusionner, sans résultat. A Lille, on ne fait plus de politique, on se fait la gueule.

Et pourtant, ce 15 mars au soir, malgré une abstention énorme qui rendait périlleuses toutes les analyses, on pouvait imaginer toutes sortes de combinaisons possibles. Martine Aubry (PS) virait en tête avec 29,8% des suffrages. Stéphane Baly (EELV) s’accrochait à sa roue, avec 24,5%. Et Violette Spillebout (LREM) terminait en troisième position, avec 17,5%. La droite et les extrêmes – gauche et droite – rataient la marche des 10%. Insuffisant pour accéder au second tour. Juste de quoi quémander un repêchage et une fusion avec une autre liste. 
 

Du coup, Lille, socialiste depuis un siècle, nous donnait enfin l’occasion de voir un joli bouquet final. Une alliance PS-EELV aurait tué le match. Un rapprochement EELV-LREM aurait relancé la rencontre, tout comme une entente EELV-Les Insoumis. Une alliance LREM-LR-Centristes aurait pu créer la surprise. On rêvait de stratégie, de jeux de pouvoir, de nuits blanches. On est déçu…
 

Nous n’avons plus rien en commun.

Martine Aubry, à propos d’EELV à Lille

L’ambiance, elle est plombée par des querelles de personnes. Martine Aubry et Stéphane Baly ne se supportent plus. La maire sortante et son conseiller municipal aux énergies ont utilisé les deux mois de confinement pour s’étriper, au lieu de saisir l’urgence du moment pour dépasser leurs divergences et affronter ensemble la crise sanitaire, pour le biens des lillois. Mi-avril, ça part en vrille. Le 16, Stéphane Baly énumère en conférence de presse ses propositions pour le confinement et l’après-confinement ; et le lendemain, même exercice pour Martine Aubry, ce qui provoque les railleries du clan écolo. La maire de Lille voit rouge. “Nous n’avons plus rien en commun“, confie -elle à des journalistes. Elle déclare ne plus avoir confiance. Et qualifie les élus écologistes de son conseil municipal de “dogmatiques qui n’ont rien fait pendant six ans“, de “petits gauchistes qui ne nous apportent rien.

Un mois plus tard, Stéphane Baly peine encore à digérer cette volée de bois vert. “C’est souvent dans les situations de crise que se révèlent les personnalités, les caractères, les défauts et les qualités. Et cette crise sanitaire, Martine Aubry a voulu la gérer seule, sans même prendre la peine de réunir un conseil municipal. Elle aurait pu jouer collectif, elle s’est repliée sur un carré de fidèles. Du coup, nos propositions ont été perçues comme un crime de lèse-majesté. Nous ne faisions pas allégeance à la patronne. Du coup, Martine Aubry portera seule l’échec de sa politique. Elle oublie qu’elle n’a aucune réserve de voix pour un éventuel second tour. Quant à nous, nous préférons être seuls que mal accompagnés.” Fin des amabilités.

Mais Stéphane Baly n’a pas déçu que la maire sortante. Violette Spillebout estime qu’il y a de multiples convergences entre son programme (“Faire respirer Lille”) et celui des écologistes. “Ils m’ont dit non, regrette la tête de liste de La République En Marche. Sans discussion. Sans même la politesse d’un contact ou d’un début d’échange. Un manque de respect. Stéphane Baly est dans la posture : parce que je suis du parti présidentiel, je suis infréquentable. C’est complètement schizophrène !” Stéphane Baly, laconique, ne dément pas. “Nous sommes en total désaccord avec le gouvernement sur sa gestion de crise.” Autrement dit : il y a trop de divergences au niveau national pour espérer se comprendre au niveau local. “C’est dommage, reprend Violette Spillebout. La crise du Covid a recentré le débat sur la santé, la mobilité, les modes de consommations, le commerce local. Tout ce qui nous préoccupe. On pouvait s’entendre.”

C’est un théâtre déprimant.

Julien Poix, La France insoumise

La France Insoumise (8,8% au premier tour à Lille) n’est pas en reste. La tête de liste du parti de Jean-Luc Mélenchon, Julien Poix, bretteur politique redoutable, égratigne lui aussi Stéphane Baly. “Moi aussi je critique la gouvernance solitaire de Martine Aubry, l’absence de conseil municipal durant le confinement, dit-il. Mais la passe d’armes entre Aubry et Baly est regrettable. Ce n’était pas le moment. C’est un théâtre déprimant. En fait, j’ai l’impression que les écologistes ne veulent pas de la mairie. Moi, je serais assis sur 25% des voix, je parlerais politique. Mais Stéphane Baly, lui, est paralysé, tétanisé par son aile droite. Il sait que son électorat est constitué d’une classe moyenne, plutôt centriste, que complètent les bourgeois du Vieux-Lille.

On a évoqué la possibilité de trouver un accord. Elle ne m’a jamais rappelé…

Marc-Philippe Daubresse, Les républicains

Des querelles de personnes, on en trouve également au sein de La République En Marche, qui s’est déchirée pendant la campagne des élections municipales. Souvenez-vous : au départ, il y avait deux candidates à la candidature. Violette Spillebout, l’ancienne directrice de cabinet de Martine Aubry (ce que Martine Aubry n’a pas pardonné… encore une haine recuite) ; et la députée LREM du Nord, Valérie Petit. Défaite, cette dernière a quitté le parti présidentiel et a rejoint… la liste de la droite lilloise ! Evidemment, ce genre d’affaire laisse des traces. Les deux femmes sont irréconciliables. Et aujourd’hui, Violette Spilllebout refuse tout net l’idée d’une fusion avec Marc-Philippe Daubresse, la tête de liste Les Républicains (8,2%). “Pour l’essentiel, regrette Marc-Philippe Daubresse, nous partagions le même programme. Le soir du premier tour, dans les locaux de France 3, j’ai parlé dix minutes avec Madame Spillebout. On a évoqué la possibilité de trouver un accord. Elle ne m’a jamais rappelé…”

Sollicité à plusieurs reprises, ni Martine Aubry ni son équipe n’ont voulu réagir. La maire de Lille semble suivre un plan de communication millimétré. Une grande radio le matin. Une télévision nationale le soir. Une interview dans la presse quotidienne. Pas d’improvisation. Un journaliste parisien qui insistait pour obtenir la date du prochain conseil municipal – décidément un sujet sensible – s’est fait méchamment rembarrer. Un membre proche de l’entourage relativise : “De toute façon, les choses sont dites.”  Comme si personne en mairie ne s’inquiétait d’une évidente usure du pouvoir : 5 points perdus par rapport au premier tour de 2014, 16 points perdus par rapport à 2008. Comme si personne ne doutait de la réélection de la patronne. “Elle fait son Vendée Globe”, ironise Julien Poix, allusion à une célèbre course à la voile en solitaire. 

 



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