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débat truqué sur l’acier «propre»


Le sidérurgiste allemand Saarstahl veut transférer en Sarre une partie de la production d’acier «électrique» d’Ascoval (Nord). Le charbon coûte moins cher que l’électricité. L’affaire scandalise à Paris. A l’usine de rails d’Hayange, principal client d’Ascoval, on défend la « realpolitik » du groupe.

Une production d’acier recyclé, propre et made in France, délocalisée en Allemagne… et convertie au charbon pour faire des économies ! C’est ainsi que les syndicats d’Ascoval Saint-Saulve, près de Valenciennes, ont présenté mercredi 17 novembre les intentions du groupe allemand Saarstahl, propriétaire de l’aciérie nordiste.

Peu importe que ce transfert soit annoncé comme partiel (40 % de l’activité selon les syndicats) et transitoire : il est question de deux ou trois mois. Localement, il se traduirait par du chômage partiel. Et la crainte est légitime qu’il préfigure une baisse d’activité durable. Chez Ascoval, déjà sauvée in extremis à plusieurs reprises, les salariés sont échaudés.

Mais l’affaire va plus loin qu’un énième épisode de la crise de la sidérurgie française. Annoncer, quelques jours après la COP26, qu’on va faire de l’acier au charbon plutôt qu’à l’électricité… Maladresse ou cynisme ? Les réactions n’ont pas manqué, du député PCF du Nord à la ministre de l’Industrie, pour condamner la décision – pas encore actée – de l’industriel sarrois.

Mariage à trois

Et la Lorraine dans tout ça ? Il se trouve que l’usine à rails d’Hayange est le premier client de l’aciérie de Saint-Saulve. Et que les deux entreprises appartiennent à Saarstahl depuis cet été, un mariage à trois conclu avec la bénédiction de Bercy.

L’opération ne semblait faire que des heureux. Les salariés, en Moselle comme dans le Nord, ravis de dépendre enfin d’un vrai groupe sidérurgique (européen qui plus est), plutôt que de spéculateurs internationaux. Les politiques, soulagés de clore enfin des feuilletons industriels douloureux et coûteux pour l’argent public. Et l’industriel, tout content de mettre un pied dans l’industrie du rail à Hayange… et dans l’acier « décarboné » avec Ascoval.

Sur le papier, tout semblait cohérent. Ascoval fabriquait déjà pour Hayange les blooms, ces gros lingots d’acier qui, en Moselle, sont laminés en rails de haute qualité, en particulier pour les lignes à grande vitesse. Saarstahl apportait les investissements nécessaires pour pérenniser les deux usines.

Mais voilà. A Saint-Saulve, les fours électriques qui fondent la ferraille à 1600 degrés ont une consommation qui se compte en gigawattheures, l’équivalent de centaines de milliers de foyers. Une grosse facture EDF qui en trois mois, a été multipliée par 3 pour Ascoval, comme pour nombre d’industriels.

Patate chaude

Résultat pour Hayange : le prix des fameux blooms est passé, en quelques mois, de 600 à 850 €. Une hausse de 30 % qui pèse sur la trésorerie de l’entreprise lorraine, et sur ses perspectives. « Pour les contrats en cours, le prix du rail n’est plus négociable, et on perd de l’argent. Pour les contrats futurs, on ne peut pas s’aligner sur la concurrence, et on perd des clients » résume Gérard Glas. Directeur de l’usine pendant dix ans (et plusieurs changements de propriétaires), il dit n’avoir « jamais vu ça » dans le monde de l’acier.

Actuellement en train de passer le témoin – les Allemands mettent en place une nouvelle direction – il souscrit à l’idée de produire une partie des blooms en Sarre. « C’est une décision intelligente, et conjoncturelle. Les volumes concernées seraient limités, inférieurs à 30.000 tonnes. Ici, on en consomme 340.000 par an »… La COP26 ?… « Le groupe conserve la volonté d’aller vers un acier bas carbone ».

Un syndicaliste maison n’est pas loin d’avoir le même discours… en moins diplomatique. « C’est l’Etat qui a voulu ce mariage politique pour sauver Ascoval. C’est à lui de s’investir dans le dossier. On ne peut pas mettre Hayange en danger pour Ascoval. » Pas très confraternel, mais il faut être réaliste : « Et les clients ? Est-ce que la SNCF est prête à payer plus cher pour avoir des rails « verts » ? «  La réponse est dans la question. Le réchauffement climatique est une patate chaude.

Aides publiques

Pour l’heure, assure la direction de Saarstahl, rien n’est décidé. Agnès Pannier-Runacher, ministre de l’Industrie, se démène pour convaincre le groupe sarrois. Ascoval pourrait bénéficier d’aides publiques, votées il y a quelques jours dans le projet de loi de finances, pour compenser la hausse de l’électricité aux entreprises très consommatrices. Enfin, toujours selon la ministre, le contrat de fourniture d’électricité d’Ascoval va être renégocié avec EDF au 1er janvier : « On va être sur un coût d’électricité qui est stabilisé, et donc ça va permettre de travailler. » 



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