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de la Coupole d’Helfaut aux Oscars, une jeune bénévole du Nord au chevet d’une résistante


Colette, sélectionné aux Oscars dans la catégorie courts documentaires, raconte l’histoire d’une femme sur les traces de son frère résistant, déporté au camp de Dora en Allemagne et mort en 1945. Elle est accompagnée par une jeune historienne bénévole originaire de Saint-Omer.

Du cinéma, un anniversaire et une commémoration. À première vue, trois événements qui n’ont rien à voir les uns avec les autres. Mais détrompez-vous, la date du 25 avril 2021 les réunis tous, autour d’un homme devenu héros d’un documentaire malgré lui : Jean-Pierre Catherine.

Une commémoration d’abord : celle du souvenir de la déportation en France célébrant la mémoire des victimes des camps nazis lors de la seconde guerre mondiale. Du cinéma ensuite, avec la 93ème cérémonie des Oscars qui se tient ce jour à Los Angeles. Un anniversaire enfin : le 93ème anniversaire de Colette, sœur de Jean-Pierre Catherine, qui raconte l’histoire de son frère déporté dans un documentaire sélectionné en compétition officielle dans le plus prestigieux festival de cinéma du monde.

Une photo de Jean-Pierre Catherine conservée à la Coupole d’Helfaut.

© Centre de ressources de La Coupole

En toile de fond, le travail de Lucie Fouble, une jeune étudiante de 19 ans originaire de l’Audomarois et bénévole à la Coupole, centre d’histoire et de mémoire d’Helfaut. Mais également protagoniste du documentaire historique. Des plages du débarquement jusqu’à Los Angeles en passant par Saint-Omer, on vous raconte cette belle histoire.

Des plages du débarquement à la Coupole d’Helfaut

Pour comprendre les liens existants entre ces trois événements et le rôle majeur joué par la jeune étudiante nordiste, il faut revenir quelques années en arrière. En 2017, Alice Doyard, productrice française, est contactée par Anthony Giacchino, un réalisateur américain qui souhaite faire une série de portraits sur les vétérans de la seconde guerre mondiale. Tous deux se retrouvent sur les plages de débarquement et un guide touristique rencontré sur place leur parle d’une amie prénommée Colette, résistance pendant la seconde guerre mondiale, qui a perdu son frère Jean-Pierre Catherine, déporté dans le camp de Dora en Allemagne et mort en mars 1945. 

La rencontre est amorcée. « Je me souviens d’une femme magnifique, extraordinaire par son passé de résistante avec une mémoire de la guerre très vive. Elle a un ton qui nous séduit par sa force, son autorité tout en étant extrêmement aimable et attentive aux autres », détaille la productrice. Les deux professionnels savent qu’ils tiennent une histoire entre les mains. Pendant six mois, Alice Doyard échange par téléphone avec Colette et imagine une suite à donner à leur rencontre. Parallèlement, elle mène ses recherches sur Jean-Pierre Catherine et décide d’appeler le camp de Dora pour en apprendre davantage. « Ils me renvoient vers la Coupole. Je tombe sur Laurent Thiery, qui m’apprends que des groupes de jeunes partent à Dora »

Car le centre d’histoire et de mémoire, situé non loin de Saint-Omer, est en train de réaliser un dictionnaire des déportés de France passés par le camp de Dora. L’objectif du projet dirigé par l’historien Laurent Thiery : faire sortir de l’oubli des milliers de déportés en écrivant leurs notices compilées dans un ouvrage historique.

Parmi les 70 bénévoles mobilisés, majoritairement professeurs ou retraités, la benjamine n’a que 17 ans : elle s’appelle Lucie Fouble, est passionnée d’histoire et plus particulièrement de la seconde guerre mondiale, un déclic qu’elle a eu en classe de troisième au collège. « Quand Alice m’a appelé en 2018 pour me parler de ce projet autour de Colette et de son frère, je me suis aperçu que l’âge de Jean-Pierre Catherine (mort à 19 ans en mars 1945, ndlr) et celui de Lucie coïncidaient, raconte Laurent Thiery, historien à la Coupole. On lui a donc confié la rédaction de sa notice pour qu’elle en apprenne davantage ».

Quand Lucie Fouble rencontre Colette

À ce moment-là, Alice Doyard en est persuadée : il faut que Colette rencontre la jeune Lucie pour en faire un documentaire sur Jean-Pierre Catherine, axé sur la transmission et la mémoire. « J’appelle Lucie et je me dis que j’ai l’impression que je tiens une histoire puisqu’elle voulait aller depuis plusieurs années se rendre dans un camp de concentration mais n’en avait pas eu l’occasion, se souvient la productrice. On demande à Colette de rencontrer Lucie et d’aller à Dora avec elle, une seule fois. SI c’était non, on abandonnait le projet ». Le risque est grand puisque la résistante n’a jamais voulu se rendre en Allemagne. Finalement, elle accepte.

« Il y a eu une relation magnifique qui a éclos devant notre caméra entre Colette qui a tout vu et Lucie qui demande à voir, à comprendre, à entendre. La force du film, c’est l’honnêteté de Colette et la vérité de Lucie ».

Alice Doyard, productrice de Colette

L’équipe du film se rend avec Lucie au domicile de Colette, en Normandie. La jeune fille se souvient de chaque instant. « C’était la première fois que je rencontrais une ancienne résistante de façon aussi intime ». Malgré la timidité de Lucie, la magie opère lors de la rencontre. « On est partis avec le souci de faire un bon film et de prendre soin des personnes avec qui on partait. Il fallait préserver Colette, 90 ans, et Lucie, 17 ans », raconte Alice Doyard. Une rencontre à Caen qui a emmené les deux protagonistes du documentaire jusqu’à la Coupole de Saint-Omer avant de rejoindre l’Allemagne et le camp de Dora. « Quand Colette bas les masques, Lucie s’ouvre, et on découvre deux femmes fortes qui vont s’épauler l’une et l’autre. Il y a eu une relation magnifique qui a éclos devant notre caméra entre Colette qui a tout vu et Lucie qui demande à voir, à comprendre, à entendre. La force du film, c’est l’honnêteté de Colette et la vérité de Lucie ».  

Une complicité entre Lucie et Colette qui évolue au fil du documentaire et transperce l’écran lorsque les deux femmes se retrouvent dans le camp où Jean-Pierre Catherine est mort 75 ans plus tôt. « Lucie est une historienne en herbe, elle n’a pas d’agenda politique avec l’histoire, précise Alice Doyard. Elle pose les questions de manière très simple, elle n’est pas là pour démontrer quelque chose mais dit simplement : je ne veux juste qu’on ne t’oublie pas. C’est extrêmement touchant ».

Un documentaire pour transmettre

Le documentaire dure 24 minutes et comporte 9 chapitres. Refusé dans plusieurs festivals, il obtient finalement un premier prix aux Etats-Unis et lui permet de tenter sa chance aux oscars. En lice avec 114 autres courts, il figure parmi les cinq retenus pour la cérémonie officielle. « Je suis super impatiente, avoue Lucie Fouble. Ça fait longtemps qu’on attend cette date et je croise fortement les doigts pour qu’on remporte l’oscar. Je me suis rendu compte que la cérémonie avait lieu le même jour que l’anniversaire de Colette, je me dis que c’est peut-être un signe ».

Un prix qui permettrait au documentaire d’être diffusé partout dans le monde. Mais même si l’académie des Oscars ne le récompense pas, Colette, la jeune Lucie et toute l’équipe du film ont déjà tout gagné. « Quand on fait des documentaires historiques, on essaie de se positionner par rapport aux fake news, aux théories du complot, on regarde l’histoire droit dans les yeux, témoigne Alice Doyard, la productrice. Quand on a une jeune femme comme Lucie, qui pose des questions complètement dans cette veine-là, on s’émerveille nous-mêmes ».

Réaction de Colette, Lucie Fouble et toute l’équipe du film lorsqu’ils ont appris qu’ils étaient sélectionnés pour la 93ème cérémonie des Oscars.

Réaction de Colette, Lucie Fouble et toute l’équipe du film lorsqu’ils ont appris qu’ils étaient sélectionnés pour la 93ème cérémonie des Oscars.


© Capture d’écran Oscars

Crise sanitaire oblige, seuls la productrice et le réalisateur ont fait le déplacement jusqu’à Los Angeles. Mais hors de question pour Colette et Lucie de louper la cérémonie, elles veilleront toutes les deux ce soir. Et la jeune historienne gardera auprès d’elle la bague appartenant à Jean-Pierre Catherine et offerte par Colette lors du tournage. Pour Lucie, elle symbolise la transmission. « C’est super fort parce qu’elle m’a transmis une part de son frère »

La bague de Jean-Pierre Catherine offerte par Colette à Lucie Fouble à la du documentaire. On aperçoit les initiales JPC gravées.

La bague de Jean-Pierre Catherine offerte par Colette à Lucie Fouble à la du documentaire. On aperçoit les initiales JPC gravées.

© Lucie Fouble

Au-delà de la relation quasi-filiale nouée entre les deux protagonistes – Lucie considère Colette comme une nouvelle grand-mère – cette rencontre et le documentaire ont permis à la jeune fille d’y voir plus clair. « Comment fait-on pour expliquer aux jeunes générations ce qui s’est passé pendant la seconde guerre mondiale, dans les camps, surtout plus tard quand il n’y aura plus personne vivante pour transmettre cette mémoire ? », se demande Lucie. Elle sait désormais qu’elle en fera son futur métier.





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