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Coronavirus : “pendant cette crise on a sacrifié les enfants”, entretien avec François-Marie Caron, pédiatre amiénois



Et si les enfants, pointés du doigt comme « vecteurs » du coronavirus au début de l’épidémie, étaient plus impactés par la période qu’on ne l’imagine ? François-Marie Caron est pédiatre à la clinique Victor Pauchet et au CHU d’Amiens. Pour lui, il est urgent de leur donner la parole. Dans cet entretien, le docteur plaide pour un retour à l’école. 

Quel est l’impact du confinement sur la santé des enfants ?

François-Marie Caron : Au début du confinement les enfants étaient très contents. Ils étaient avec papa, maman en « vacances » en quelque sorte. Mais progressivement, ils ont commencé à se poser des questions devant le stress de leurs parents. En se questionnant sur leurs métiers, leurs revenus, les parents ont partagé aux enfants des angoisses importantes. Car il faut bien noter qu’un enfant essaye toujours de comprendre. Et quand on ne répond pas à ses interrogations, il va toujours s’imaginer une réponse très compliquée. D’où les questions « on va tous mourir papa ? », « le virus il peut tuer maman ? » par exemple. Pendant cette période de confinement, les enfants ont vraiment imaginé que le monde de dehors était dangereux. C’est pourquoi les enfants ont besoin, en cette période de déconfinement, de reprendre une vie sociale.

Retrouver une “vie sociale” signifie retourner à l’école ?

Tout à fait. Si les ados ont pu rester en contact avec leurs amis grâce aux réseaux sociaux, ce n’est pas le cas des plus petits, qui sont en manque d’interactions. En ce sens, la reprise de l’école c’est la reprise d’une vie normale. En temps normal, la rentrée de septembre c’est la reprise pour tout le monde ; on reprend le chemin du travail. Alors cette rentrée progressive des enfants, les parents doivent la voir comme un signal. Le signal que la vie doit reprendre car on ne peut pas rester confiné jusqu’à la découverte d’un vaccin, et le bien-être de nos enfants en dépend.

Mais des enfants ont peur de retourner à l’école. C’est compréhensible pour vous ?

Le problème c’est qu’au début de cette épidémie, on a dit que les enfants étaient responsables de la contamination des adultes, ce qui est faux. Malheureusement c’est une idée ancrée dans l’esprit des parents, ils craignent la contamination et transmettent cette peur à leur enfant. En consultation et téléconsultation, je reçois beaucoup de parents anxieux de la situation qui ne trouvent pas les mots face à leurs enfants. C’est vrai que ce n’est pas évident. Par exemple au moment des attentats, on disait aux enfants : « ne t’inquiète pas, on va te protéger, la police, l’armée, vont te protéger ». Là, avec le virus, c’est plus compliqué car hormis les gestes barrières et la distanciation sanitaire il n’y a aucune protection évidente.

Malgré cette peur, faut-il expliquer aux enfants, dans le détail, cette crise du coronavirus ?

Il faut expliquer le coronavirus aux enfants mais dans des termes qui leur correspondent. Au cours de mes consultations j’ai soulevé deux attitudes : les parents qui parlent du covid-19 à leurs enfants sans aucun filtre, avec des « mots d’adulte », et ceux qui au contraire, n’en parlent pas du tout. Dans les deux cas c’est une erreur, cela place l’enfant en dehors des conversations. Donc, il faut bien dire aux petits que ce virus est gentil avec eux, il ne peut pas leur faire de mal, mais qu’il faut faire attention à ses grand-parents, se laver les mains régulièrement, de telle manière, etc.

Quelles conséquences le confinement peut-il avoir sur les enfants à plus long terme ?

Les enfants ont eu peur pour leurs parents, leurs grands-parents, et pour eux-mêmes. Même s’ils savaient qu’ils étaient moins exposés, d’un seul coup ils ont vu leurs habitudes bouleversées. Ils avaient interdiction de sortir, de voir leurs amis, ils devaient travailler à la maison sans l’aide d’un enseignant… C’est traumatisant pour un enfant. Pour ceux qui avaient déjà une personnalité anxieuse, cela risque de la majorer. Les deux mois passés ont pu créer des phobies. Phobie scolaire, car l’école va faire peur, mais aussi phobie d’aller dehors. 

Néanmoins, les enfants sont résilients. Ils vont réussir à se construire dans cet environnement nouveau, mais il faudra les accompagner. Bien sûr, tout dépend du contexte : certains parents ont été complètement déboussolés par cette période et ont pu délaisser leurs enfants, en les laissant devant les écrans, en ne veillant pas à leur rythme de vie, etc. Pour ces enfants-là, les conséquences pourraient être d’autant plus importantes, et malheureusement ce sont des familles que je n’ai pas vu en consultation. Malgré nos dispositifs d’accueil adaptés, beaucoup étaient terrorisées à l’idée de venir consulter et d’attraper le coronavirus.

Est-ce que les enfants ne sont pas les oubliés de cette crise sanitaire ?

Oui, pendant cette crise on a sacrifié les enfants. On n’a pas du tout pris en compte leurs besoins. Et je pense que c’est une erreur que la société va payer car le confinement va avoir des conséquences inévitables sur la santé des enfants et personne n’en parle. Les enfants qui auront repris le chemin de l’école vont angoisser de rentrer à la maison. Et pour ceux qui poursuivent l’école à la maison, ils risquent de perdre leurs repères en société et d’être réticents dans leurs interactions futures, même si les enfants avaient de quoi s’occuper à la maison. Et à ce propos, il faut applaudir les enseignants, qui ont fait un travail formidable, à distance, pour garder un lien avec leurs élèves. Mais à un moment, le monde que l’enfant s’est construit à la maison ne suffit plus. Les enfants sont en train de construire leur personnalité et ils doivent le faire vis-à-vis des autres, et non isolés.

Il y a donc un risque pour les enfants qui resteraient confinés ?

Oui. Je ne pense pas que cela soit une bonne idée pour les enfants de rester à la maison jusqu’à la rentrée 2020/2021. Il faut que les parents remettent progressivement leurs enfants à l’école, tout en étant conscients qu’il y aura probablement des enfants malades mais ils le seront à cause du virus et non de l’école. Ils peuvent être contaminés sur le chemin de l’école, en allant dans les magasins… Ce qu’il faut, c’est éviter une nouvelle vague, à minima faire en sorte que ce soit une vaguelette mais la vie doit continuer.  Retourner en classe en septembre, c’est laisser les angoisses de l’enfant monter et lui faire assimiler les gestes barrières dans une classe pleine. C’est brutal.

En cette période de déconfinement, quels sont vos conseils en tant que pédiatre ?

Je conseille aux parents de bien expliquer à leurs enfants que l’école n’est pas dangereuse. Si les parents sont inquiets, ils peuvent prendre leur temps mais à un moment, il est vital que leurs enfants rentrent à l’école. Bien évidemment, il faut expliquer aux petits que c’est une école différente, où l’on se lave les mains tout le temps, on n’embrasse pas la maîtresse… C’est difficile de faire comprendre à des enfants qu’ils ne peuvent pas se toucher, mais je fais confiance aux enseignants. Et si je devais donner un dernier conseil : écoutez les enfants. Vous vous rendrez compte qu’ils sont rassurants et que dans la majorité des cas, ils veulent retrouver leurs amis et leurs professeurs.

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