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Coronavirus/covid-19 : chez les soignants, “psychologiquement, il y a des choses qui vont rester après ce qu’on a vécu”



Lucie, Sophie et Céline sont aides soignantes et infirmière à la Clinique Pauchet à Amiens. Elles ont été régulièrement affectées ici, dans l’unité Covid de l’établissement. Au plus fort de la crise, le service a accueilli jusqu’à 23 patients. L’afflux brutal des malades, la pression liée aux gestes barrières et l’éventuelle contamination…. Des stress inhabituels, intenses et simultanés.

Le stress de la contamination

« Etre en contact tous les jours avec des patients suspicion covid ou déclarés covid, ça crée une peur, avoue Lucie Chantriaux, aide-soignante. La peur de l’attraper et de le refiler aux autres. Il fallait toujours faire attention à bien se laver les mains, à bien faire les gestes barrières C’était assez compliqué à vivre. Personnellement, j’ai eu un moment où j’en ai eu marre. On a tous eu ce moment : les blouses, ça tenait chaud etc… Mais il fallait le faire et il faut penser aux autres et continuer.« 

On s’attache à nos patients. On finit par les connaître. Une fois, je me suis attachée à un patient et quand il est mort, ça a été très dur. Lucie, aide-soignante.

En moyenne trois patients par jour décédaient dans les unités Covid du département, au pic de la crise. Une situation difficile à vivre pour les soignants. « Personnellement, j’ai eu vraiment du mal avec les conditions dont on devait laisser partir les gens, raconte Céline Dubus, infirmière. La façon dont ils étaient enterrés : on ne devait pas faire de toilette mortuaire, on devait mettre la personne dans la housse pour procéder à la mise ne bière directement Les pompes funèbres venaient tout de suite. On se dit que si c’était nos proches, on n’aimerait pas que ça se passe comme ça. » 

Des situations de deuil difficiles

« J’avais une boule au ventre. Au début, c’était difficile. On a découvert les conséquences de ce virus de manière brutale. Psychologiquement, c’était compliqué. Une fois qu’on a été dedans, ça s’est mieux passé. Mais personnellement, j’ai très mal vécu de ne pas pouvoir faire de toilettes mortuaires aux patients ». Sophie Cuvillier, aide-soignante, a du mal à raconter comment les choses se passaient : « ça a été très difficile à vivre pour moi. Nous, les soignants, on était les seuls qu’ils voyaient, avec qui ils parlaient. et les voir partir les gens comme ça, sans voir leur famille…. »

Cette crise peut être le révélateur de traumatismes antérieurs. Dr Cyrille Guillaumont, psychiatre.

Les soignants des unités Covid ont été pris en charge par des psychologues. La cellule d’urgence médico psychologique de la Somme, composée de professionnels de la santé mentale, est venue renforcer ces dispositifs. 200 personnels soignants ont été ainsi consultés en groupe 24 heures après la fermeture de leur unité Covid. Des séances pour anticiper les possibles traumatismes à long terme. Pour le docteur Cyrille Guillaumont, psychiatre référent dans cette cellule, « c’est difficile de savoir s’il y aura des séquelles psychologiques. Les situations de deuil étaient très douloureuses par exemple. Ces réunions nous permettent de faire ce qu’il en est de leurs émotions à titre individuel, ce qu’il en ait de la cohésion du groupe de soignants. Ça nous permet de la prévention sur les psycho-traumatismes qui pourraient apparaître dans les trois ou six mois. C’est une manière de les prévenir et de les prendre en charge précoce. D’autant que cette crise peut aussi être le révélateur de traumatismes antérieurs et les réactiver « . 

Des traces indélébiles

Aucune étude épidémiologique sur les séquelles psychologiques des soignants n’a encore été mise en place. Mais ils seront contactés à nouveau dans 3 à 6 mois pour évaluer la situation de chacun. L’unité covid de la clinique Pauchet n’est pas encore fermée : deux patients atteints du coronavirus y sont encore soignés.

Depuis je suis dans le covid, je ne suis pas allée voir ma mère. Je ne l’ai toujours pas vue. Sophie, aide-soignante.

Lucie, l’aide-soignante, a pu compter sur le soutien et l’aide psychologique de sa famille. Céline, l’infirmière, est encore un peu stressée « mais je n’ai pas eu de problème pour dormir ». Sophie, l’autre aide-soignante, avoue qu’elle prenait beaucoup sur elle mais qu’elle n’a pas été épargnée par l’angoisse de contaminer ses proches. « J’ai commencé petit à petit à reprendre une vie normale. Mais je continue à faire attention. Il y a moins de pression aujourd’hui, explique-t-elle. On est encore fatigués parce qu’on récupère doucement. Mais on arrive à se réadapter et à reprendre un travail normal. Ce qui est sûr, c’est que psychologiquement, y a des choses qui vont rester quand même. Après ce qu’on a vu… »

 



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