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Hauts-de-France

Coronavirus – Au CHU d’Amiens, “on a appris en humanité et en entraide”

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Dans le service de réanimation du CHU d’Amiens, il n’y a plus qu’un seul patient covid, âgé de 43 ans. Au plus fort de l’épidémie, les 72 lits étaient occupés. “Ils sont très fragiles, explique Mélanie Gamard, infirmière de réanimation. Ils peuvent être bien et 10 minutes après, devoir être intubés. Et ils sont très anxieux : sentir qu’on étouffe, ça rend très anxieux “

Premier malade fin février

Le premier cas de covid-19 pris en charge au CHU d’Amiens date du 24 février 2020.  C’est le service des pathologies infectieuses qui l’a reçu. Depuis, 432 patients ont suivi. Avec des périodes de tensions jamais vues. À Amiens, l’hospitalisation et la réanimation ont longtemps été en sur-activité 24 heure sur 24. “On a été débordés dès le départ. On était démunis : on ne connaissait pas ce virus. On n’avait pas de traitement. On ne faisait que des soins de support et on attendait que ça passe, confie le docteur Jean-Philippe Lanoix, maître de conférences en pathologies infectieuses. Les patients ne passaient pas les Urgences. C’était des entrées directes. Mes collègues finissaient tard et recommençaient tôt le lendemain. Les quatre téléphones sonnaient en même temps sur plusieurs différentes. C’était vraiment éprouvant.” 

Dès les premiers cas, 4 chambres du service réanimation sont isolées. Du personnel dédié est affecté à la prise en charge de ces malades. Mélanie Gamard avoue que ce fut “pénible : les infirmiers et les aides-soignants étant obligés de rentrer dans les chambres qu’on avait isolées, ils doivent tout faire : des sols aux soins infirmiers. C’est pesant. Ça prend énormément de temps : toute la logistique autour d’un patient covid prend beaucoup plus de temps qu’un patient lambda de réanimation. Il faut double-emballer les tubes de prélèvement. Il faut tout désinfecter. Le temps d’habillage et de déshabillage est aussi prenant. Il y a eu toute une organisation et une manière de travailler à adapter à ces patients”.

Faire face à des décès nombreux

“On a vécu un rythme très soutenu dès le départ, raconte Céline Douadi, cadre de l’Unité Maladies Infectieuses Covid. On a dû faire face à des situations d’urgence qu’on ne voyait pas arriver mais qu’on ne vit plus maintenant parce qu’on les anticipe. Et puis on a vécu un double confinement : on été confinés sur notre lieu de travail et chez nous, avec le port du masque ici et avec nos proches. On a vécu des décès plus nombreux que la normale avec la nécessité de se dire “ce patient-là n’est pas en état de supporter des soins de réanimation”. Donc après des réunions de concertation, les médecins et la famille nous orientaient plutôt vers des soins de fin de vie”.

Une situation qui aurait pu vite mal tournée sans la solidarité  des autres services : chaque soignant est devenu l’indispensable de l’autre. “On a appris beaucoup en organisationnel, à comment contrer une épidémie de cette ampleur, constate le Dr Lanoix. On a appris aussi en humanité et en entraide “

Rester en phase avec ses valeurs de soignant

S’entraider. Rassurer. Ajuster les soins. Appliquer les recommandations au jour le jour. Et puis il y a  les décès qui se multiplient. Jusqu’à plusieurs dizaines par jour. A Amiens, le service a autorisé la visite des familles pour les patients en fin de vie. ce qui n’a pas été le cas dans tous les hôpitaux de France. On a essayé de concilier nos valeurs soignantes et le respect du patient. On s’est autorisés à laisser entrer les proches avec l’autorisation des médecins, estime Céline Douadi. Une fille était tellement fusionnelle avec sa maman qu’elle a été autorisée à passer la nuit dans le service. Elle avait déjà été infectée donc elle ne risquait rien. On a réuni une dernière fois des fratries autour d’un parent. On a tenu à laisser l’humain au centre de nos préoccupations. Parce que ça fait partie de nos valeurs de soignant. Pour tenir sur la durée, face à une pandémie, on a besoin d’être en accord avec soi-même. Sans prendre de risques, bien sûr, en respectant des recommandations. Mais à un moment donné, c’est ce qui nous permet d’avoir des batteries qui restent chargées et d’être disponible émotionnellement et physiquement avec les patients présents.”

Florence Dupont, interne au service des pathologies infectieuses, confirme : “c’est de la bienveillance, c’est soulager les symptômes, c’est accompagner, c’est soulager la douleur. C’est surtout beaucoup de temps avec les familles “.

Un avant et un après

Aujourd’hui, le CHU peut enfin souffler un peu : le stress et l’adrénaline sont retombés, remplacés par une angoisse : celle de l’avenir de cette équipe puzzle composée de nombreux soignants embauchés provisoirement pour faire face à la crise sanitaire et de professionnels du privé venus en renfort. “Certains, les jeunes diplômés, ne savent quelle va être leur affectation dans les mois à venir. Ils sont un peu désemparés parce qu’ils voudraient que cette aventure ne se termine pas d’un seul coup, avoue Céline Douadi. Les membres de l’équipe aimeraient avoir encore un peu de temps pour en profiter et pour se dire au revoir”.

Pour l’infirmière, c’est “une belle expérience où on s’est ajustés tous les jours. Avec des soins à faire d’une grande technicité. Avec le port de protections individuelles obligatoires pour nous protéger et protéger les patients. Personnellement et professionnellement, c’est une expérience qui va tous nous impacter et nous marquer à vie”. 

Une expérience qui va également marquer le CHU d’Amiens dans son organisation et sa gestion des crises : “si le covid doit revenir, on est prêts, rassure le Dr Lanoix. On sait comment redéployer des unités de soins rapidement. Maintenant, on sait comment faire. On est armés”.



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